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Œuvres commentées

Première plaie d’Egypte, gravure du 18ème siècle

Gravure colorée à la peinture à l’eau dimensions 33,2 x 43,2 cm

Augsburg : [Kaiserliche Franziskische Akademie], [1775/1779]

Contexte biblique des plaies d’Egypte

Moïse, est investi par Dieu pour libérer le peuple hébreu, du pouvoir Égyptien. Moïse est accompagné de son frère Aaron, magicien. Pharaon, représentant le pouvoir temporel, n’a pas l’intention de libérer les hébreux. Sur ordre de Dieu, Moïse et son frère Aaron se présentent devant Pharaon. Ils lui demandent de « laisser aller le peuple hébreu à trois journées de marche dans le désert pour célébrer un culte à Yahvé.  » Pharaon refuse catégoriquement. A chaque fois, son coeur va se durcir. Neuf fois de suite… : La gravure étudiée décrit la première plaie : L’eau du fleuve se transforme en sang (דָּם dām) pendant sept jours. Les plaies suivantes sont les grenouilles (צְפַרְדֵּעִים tsefardae’im) qui pullulent dans le pays. La troisième plaie est une invasion de moustiques (כִּנִּים kinnim), la quatrième plaie est l’arrivée des taons (עָרֹב ‘ārov) qui envahissent les maisons. La cinquième est la peste (דֶּבֶר dever) qui anéantit chevaux, ânes, chameaux, bovins et moutons. Ensuite les hommes et le bétail sont victimes d’ulcères (שְׁחִין אֲבַעְבֻּעֹת פֹּרֵחַ shahin avatsebu’ot porēaḥ), puis la grêle (בָּרָד bārād) tue hommes, bétail, détruit les récoltes et les arbres. Enfin des nuées (אַרְבֶּה arbêh) de sauterelles couvrent le pays et dévorent toutes les plantes, s’en suit rois jours de ténèbres (חֹשֶׁךְ hoshekh). La dernière et dixième plaie tue tous les premiers-nés (מֵת כָל־בְּכוֹר mēt kōl-bekhōr) de l’homme et du bétail.

Extrait de la bible

L’eau changée en sang (Ex 7, 14-25).

14Yahvé dit à Moïse : « Le cœur de Pharaon s’est appesanti et il a refusé de laisser partir le peuple. 15Va, demain matin, trouver Pharaon, à l’heure où il se rend au bord de l’eau et tiens-toi à l’attendre sur la rive du Fleuve. Tu prendras en main le bâton qui s’est changé en serpent. 16Tu lui diras : Yahvé, le Dieu des Hébreux, m’a envoyé vers toi pour te dire : « Laisse partir mon peuple, qu’il me serve dans le désert. » Jusqu’à présent tu n’as pas écouté. 17Ainsi parle Yahvé : En ceci tu sauras que je suis Yahvé. Du bâton que j’ai en main, je vais frapper les eaux du Fleuve et elles se changeront en sang. 18les poissons du Fleuve crèveront, le Fleuve s’empuantira, et les Egyptiens ne pourront plus boire l’eau du Fleuve. »

19Yahvé dit à Moïse : « Dis à Aaron : Prends ton bâton et étends la main sur les eaux d’Egypte – sur ses fleuves et sur ses canaux, sur ses marais et sur tous ses réservoirs d’eau – et elles se changeront en sang, et tout le pays d’Egypte sera plein de sang, même les arbres et les pierres. » 20 Moïse et Aaron firent comme l’avait ordonné Yahvé.

Les eaux du Fleuve se changèrent en sang pendant sept jours ; les poissons crevèrent et les Egyptiens ne purent plus boire de l’eau du fleuve. Ils creusèrent donc des puits pour trouver de l’eau. Mais les magiciens en firent autant que Moïse et Aaron ; et Pharaon ne les écouta pas, comme l’avait prédit Yahvé

Pour visionner la gravure en détail suivre le lien : upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ab/The_first_plague_in_Egypt,_rivers_turned_to_blood._Wellcome_V0010560.jpg

Analyse de la gravure de l’eau du Nil changée en sang

Au centre de la gravure, le Nil sépare deux mondes : à gauche les hébreux, à droite et au premier plan, le monde égyptien les bras levés.

Apparaissant sur une avancée de terre, Moïse sur commande de Yahvé, semble parler à Aaron et dirige son bâton vers les eaux d’Égypte afin de les changer en sang.

Ce qui fut fait. La présence divine est dans le sang. Pour que l’homme retrouve le chemin de la verticalité, il est atteint au plus profond de son intimité dans ses propres veines, le sang qui s’écoule à flots annonce la mort.

Au premier plan à droite des pécheurs remontent du poisson, en bas à gauche des bras levés semblent annoncer que rien ne va plus ou qu’on importe d’autres dieux : le poisson est mort ! Les égyptiens se tiennent dans un monde civilisé, et même raffiné, les bâtiments et les vêtements portés le montrent, même s’ils n’ont rien d’Egyptien. Un dignitaire apparaît à droite, il se fait présenter du poisson. Les personnages qui l’entourent en parlent entre eux, le poisson mort commence-t-il à sentir mauvais ?

À un premier plan à gauche, les magiciens égyptiens tentent, eux aussi, de jouer du bâton, sans succès. Au loin plusieurs bateaux portent les nombreux pécheurs au travail. Le nombre de pécheurs est important, la taille des poissons représentés est importante, cela laisse imaginer l’ampleur des dégâts causés aux Égyptiens, ainsi implicitement apparaît la grande puissance de Yahvé.

Une coïncidence naturelle, ou de la synchronicité ?

Un évènement géologique majeur peut avoir donné naissance à la série de cataclysmes qui frappèrent l’Egypte ancienne et servi les hébreux en leur donnant l’occasion de leur fuite : l’éruption du mont Santorin. Situé à 800 km à vol d’oiseau au nord-ouest du pays des pharaons, ce volcan de la mer Égée en bordure de la Crète entra en éruption entre 1650 et 1600 avant notre ère avec la puissance explosive d’une quarantaine de bombes atomiques, ne laissant en lieu et place du cône volcanique qu’une immense caldeira béante ! Les cendres du Santorin ont atteint le delta du Nil, des relevés stratigraphiques en attestent. À cause la courbure de la Terre, les égyptiens n’ont pas été en mesure de voir l’éruption du Santorin, mais les cendres transportées en haute altitude ont créé et ensemencé les nuages présents au dessus de la vallée du Nil. Il est fort possible que les réactions des pluies acides sur les argiles ont favorisé le lessivage et l’augmentation du fer dans les eaux du Nil, le colorant en rouge. Certains chercheurs évoquent également la prolifération massive d’algues rouges dans le fleuve suite au changement de conditions climatiques. Connu sous le nom d' »Efflorescence algale », ce phénomène affecte par exemple de temps en temps le golfe du Mexique, alors la proie d’une invasion exubérante de l’algue microscopique Karenia brevis qui en rougit les eaux et intoxique les poissons. Quoi qu’il en soit, cette explosion du Santorin semble s’être produite opportunément : Intervention naturelle ou intervention divine, ces plaies ont rendu propice, la révolte et la fuite des hébreux.

Signification biblique des événements

Yahvé déploie sa puissance.

Yahvé fait agir Moïse au travers d’un « signe, prodige » (oth) et inflige une première « plaie » (naga’) Moïse, a peur de n’être pas reconnu par le peuple comme le prophète de Yahvé, il reçoit le pouvoir des signes (Ex 7, 1-9). Le bâton se change en serpent, la main devient lépreuse, l’eau devient sang. Il s’agit de montrer la puissance de Yahvé en montrant au peuple qu’il agit par Moïse. Le but ultime poursuivi par Yahvé est clairement de permettre la sortie du peuple hébreu hors d’Egypte, conformément à sa promesse au buisson ardent.

La force de Yahvé

Yahvé peut tout et a le pouvoir sur tout. Les plaies touchent tout d’abord la nature inanimée (première plaie) ; puis elles mettent en scène les insectes, touchent le bétail, les récoltes et les hommes, les ténèbres et la mort d’êtres innocents rappellent le chaos originel.

 Destruction du pouvoir égyptien

Les plaies de plus en plus désastreuse humilient les Egyptiens et montrent que leurs dieux sont inefficaces. La première plaie, qui concerne le Nil, vise à montrer que le fleuve qu’ils honoraient comme un Dieu est soumis à la puissance de Yahvé. Le refus répété émanant de la volonté de Pharaon, est contrecarré par le récurrent : « comme l’avait prédit Yahvé » Après 10 plaies infligées la destruction des armées de Pharaon dans le passage de la mer Rouge signifie bien l’anéantissement du pouvoir égyptien.

  

Concluons,

L’exode n’est pas un récit historique, il fait référence à des événements vraisemblables coïncidant avec l’explosion du volcan Santorin, c’est surtout un texte littéraire bien construit destiné à montrer la toute puissance de Dieu et la fonction assignée à Moïse de délivrer le peuple hébreux.

Notons au passage, que l’endurcissement de Pharaon face aux signes est emblématique de celui du peuple d’Israël au désert, comme le montrera le livre du Deutéronome. Toutes les démonstrations de puissance relatées ne vont pas convertir les hébreux, cela montre bien que cette puissance magique (ou même les miracles) ne suffisent pas à convertir les cœurs.

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Par Philippe

Amateur de belles œuvres d’art sacré

2 replies on “Première plaie d’Egypte, gravure du 18ème siècle”

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