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Œuvres commentées

Moïse sauvé des eaux

Moïse sauvé des eaux par Nicolas Poussin

Actuellement au Louvre salle 825, Aile Richelieu

Peint en 1647

Huile sur toile ; hauteur : 1,2m, largeur 1,95m

COURTE BIOGRAPHIE DE NICOLAS POUSSIN

Peintre français, Nicolas Poussin est né le 15 juin 1594 à Les Andelys (en Normandie). Il est mort le 19 novembre 1655 à Rome (Italie). Nicolas Poussin est un peintre français du XVIIe siècle, grande figure du classicisme. Ses compositions ont influencé après sa mort de nombreux peintres ; mais aussi certains courants du XXe siècle comme le cubisme.

Nicolas Poussin naît en 1594 en Normandie. Il se forme à Rouen puis à Paris auprès de différents peintres, dont des maniéristes. De retour à Paris après une excursion à Florence, il rencontre Philippe de Champaigne en 1622, avec lequel il travaille à la décoration du Palais du Luxembourg. Il rencontre également le poète italien Marino pour qui il réalise des dessins. Il se rend à Rome en 1624, et par l’intermédiaire de Marino, il rencontre le cardinal Barberini et le collectionneur Cassiano Dal Pozzo. Sous l’influence de ce dernier, Nicolas Poussin s’intéresse de près aux œuvres classiques. Il exécute les commandes de ses clients, et peint notamment pour le cardinal « La Mort de Germanicus » en 1627. Il réalise également en 1628 « Le Martyre de saint Érasme » pour la basilique Saint-Pierre. Il est invité à revenir à Paris par Richelieu et Louis XIII, et s’y rend en 1640. Il est alors nommé peintre du roi et chargé de mener les travaux de décoration au Louvre. Il exécute aussi des tableaux d’autel tels que « L’Institution de l’Eucharistie », ou des commandes pour Richelieu. Mais Nicolas Poussin est victime de la jalousie des autres peintres français, et préfère retourner à Rome en 1642. C’est à partir de cette période qu’il construit son image de peintre savant et ascétique. Il s’inspire beaucoup de l’histoire romaine, mais aussi du Nouveau Testament. Entre 1644 et 1648, il peint les « Sept Sacrements » et « Le Jugement de Salomon » en 1649. Il meurt à Rome en 1665 à l’âge de 71 ans

L’épisode biblique

Il figure dans l’Ancien Testament, Pentateuque, Exode 2. Le pharaon ayant donné l’ordre d’éliminer tous les nouveau-nés mâles du peuple hébreu, la mère de Moïse cache l’enfant durant trois mois puis l’abandonne dans une corbeille sur le Nil, près de la rive. La fille du pharaon qui se baignait avec des courtisanes, trouve l’enfant et décide de l’adopter.

Le texte biblique est le suivant :

« Un homme de la tribu de Lévi épousa une fille de la même tribu. Elle devint enceinte et donna le jour à un fils. Elle vit que c’était un beau bébé et le cacha pendant trois mois. Quand elle ne parvint plus à le tenir caché, elle prit une corbeille en papyrus, l’enduisit d’asphalte et de poix et y plaça le petit garçon. Puis elle déposa la corbeille au milieu des joncs sur la rive du Nil. La sœur de l’enfant se posta à quelque distance pour voir ce qu’il en adviendrait.

Peu après, la fille du pharaon descendit sur les bords du fleuve pour s’y baigner. Ses suivantes se promenaient sur la berge le long du Nil. Elle aperçut la corbeille au milieu des joncs et la fit chercher par sa servante. Elle l’ouvrit et vit l’enfant : c’était un petit garçon qui pleurait. Elle eut pitié de lui et dit : C’est un petit des Hébreux.

Alors la sœur de l’enfant s’approcha et dit à la fille du pharaon: Veux-tu que j’aille te chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux pour qu’elle t’allaite cet enfant?

La fille du pharaon lui dit : Va!

La jeune fille alla donc chercher la mère de l’enfant.

La princesse lui dit : Emmène cet enfant et allaite-le pour moi. Je te paierai un salaire.

La femme prit l’enfant et l’allaita. Quand il eut grandi, elle l’amena à la fille du pharaon. Celle-ci l’adopta comme son fils et lui donna le nom de Moïse (Sorti), car, dit-elle, je l’ai sorti de l’eau. »

Analyse de l’œuvre

Nombreux sont les tableaux, tapisseries, dessins, estampes, sculptures, et objets d’art divers conservés à ce jour représentent Moïse découvert près des rives du Nil. Un peu plus de quatre cents œuvres françaises, italiennes et néerlandaises datées du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle. S’il n’est certes pas exhaustif, ce corpus abondant signale cependant la vogue de ce sujet biblique. La prolifération des œuvres qui prennent pour sujet la découverte de Moïse sur le Nil n’est pas étrangère au regard sensible et particulièrement attentif que porte le XVIIe siècle sur la petite enfance et sur les liens entre le premier testament et la venue du Christ sur terre.

Parmi ces nombreuses œuvres, figurent :

• Moïse sauvé des eaux, un tableau du Tintoret (vers 1555),

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Bernaert de Rijckere (1556),

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Nicolò dell’Abbate (vers 1560),

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Paul Véronèse (vers 1580),

•    Moïse sauvé des eaux, une tapisserie de Simon Vouet (vers 1630),

•    Moïse sauvé des eaux, deux tableaux d’Orazio Gentileschi (1630-1631, National Gallery et 1633, musée du Prado)

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Nicolas Poussin (1638),

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Antonio Domenico Triva (1648),

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Sébastien Bourdon (vers 1650),

•    Moïse sauvé des eaux, un poème de Saint-Amant (1653),

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Nicolas Loir (1670),

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Nicolas de Plattemontagne (vers 1670),

•    Moïse sauvé des eaux, un dessin de Charles Le Brun (vers 1683),

•    Moïse sauvé des eaux, un tableau de Jean-Jacques Lagrenée (avant 1785),

•    Moïse sauvé des eaux, un film français réalisé par Henri Andréani (1911),

Les artistes rattachés au classicisme incorporent cette scène dans un vaste paysage comportant en particulier une rivière représentant le Nil. C’est le cas de Nicolas Poussin celui-ci place la scène dans l’Antiquité grecque avec des réminiscences italianisantes, en introduisant le motif déjà rencontré des pyramides et obélisques, palmier, sphinx et même un sistre en bas à gauche du tableau, caractéristiques de l’évocation de l’Egypte.

Composition

La composition fait apparaitre un trapèze ou triangle tronqué de personnages placés au premier plan. Celui-ci inscrit dans un horizon montagneux lui-aussi triangulaire légèrement tronqué. A l’arrière-plan le soleil va percer les nuées. Un subtil rehaut de blanc de plomb et d’étain signale, en haut à droite de la composition, le lever du soleil sur l’eau sombre du Nil. Ce détail apparemment anodin n’est pas sans rappeler les écrits du jésuite Nicolas Talon qui comparent Moïse à un soleil exposé sur les eaux. Selon le théologien Jacob Girard des Bergeries : Cette « aube » peut aussi représenter « un espoir nouveau pour les Hébreux persécutés par Pharaon, préfigurant la venue du Christ, soit le zénith du Soleil de Justice » (Malachie, 3, 20-22),

Un Clair-obscur caractéristique

Outre ce choix du gros plan sur un groupe restreint, l’autre caractéristique baroque réside dans le clair-obscur appuyé qui peut faire penser aux peintures vénitiennes de ce 17e siècle que Nicolas Poussin a connues. Le fond particulièrement foncé évoque les ténèbres et met en valeur les personnages principaux placés dans une lumière surnaturelle.

Au premier plan sont mis en scène la fille du pharaon et une suivante tenant Moïse enfant dans ses bras, ils semblent éclairés par la lumière d’un projecteur. Les couleurs des robes des personnages principaux sont vives. Derrière elles, des serviteurs se pressent pour observer la découverte. La princesse, sa suivante et l’enfant ont été placés en pleine lumière. Mais tous les autres personnages semblent émerger de la nuit, y compris la servante du premier plan à droite, qui a d’ailleurs un type physique vraiment oriental, contrairement à tous les autres serviteurs. Le personnage qui porte le nom de la mère de Moïse, se fait exhortation à une maternité prévenante et exprime une tendre sollicitude pour le tout jeune enfant. Cette exposition de la découverte de Moïse dans un cadre théâtral trouve sans doute des échos dans les tableaux contemporains et postérieurs qui représentent le même sujet. Tous représentent des gestes d’accueil du nouveau-né de trois mois pleins d’aménité et tous montrent des signes d’un éloge conjoint de la petite enfance et de la maternité.

Le Nil sous forme de dieu fleuve gréco-romain appuyé sur un sphinx. L’eau du fleuve est relégué à l’arrière-plan dans une petite trouée lumineuse, afin de maintenir un lien assez ténu avec l’épisode biblique. On y distingue une barque de pêcheurs d’hippopotames (animal diabolique). Moïse qui n’est plus un premier né mais est déjà représenté comme un homme échappe aux dangers du fleuve.

Poussin connaissait la lecture allégorique de la Bible et il la pratiquait usuellement :

La vie de Moïse s’interprète encore comme l’anticipation de celle du Christ tout au long du xviie siècle : Si Moïse sauvé des eaux a été si fréquemment peint, c’est qu’on admettait encore au temps de la Contre-Réforme que Moïse sauvé au berceau était une figure de l’Enfant échappant à la persécution d’Hérode.

Selon le théologien Jacob Girard des Bergeries : 

L’opuscule de Jacob Girard des Bergeries publié en 1610 multiplie les parallèles entre Moïse et le Christ, et s’adresse à un lectorat pieux : « Rien ne peut empescher les desseins de Dieu. […]

Moyse a esté un excellent type de Iesus Christ en divers esgards. 

1. Quant à sa personne & à ses qualitez. L’un & l’autre est appellé l’esleu de Dieu, Moyse Ps. 106, 23, & Iesus Christ Esai 42, 1, Matt. 12, 18. […]   
2. A l’esgard des choses qui sont arrivées à l’un & à l’autre, & qu’ils ont faites ou souffertes. Ainsi Moyse n’est pas plustost né, qu’il se voit en danger de mort par l’edict cruel de Pharaon : & Iesus Christ n’est pas plustost venu au monde qu’il est cherché par Hérode, pour estre mis à mort, mais l’un & l’autre eschappe ; par une providence merveilleuse de Dieu, de la main de ces Tyrans. [… ]
3. Moyse a aussi esté type de Iesus Christ à l’esgard des diverses charges qu’il a possedé (sic), comme de Prophete, de Liberateur du peuple, de Legislateur, & de Mediateur Typique. »

On peut aussi trouver dans Bossuet, Elévations sur les mystères, « La première chose que Dieu fit pour faire connoistre à son peuple qu’il leur préparoit un libérateur en la personne de Moyse, fut en permettant qu’il fust exposé au mesme supplice que les autres, et comme eux jetté dans le Nil pour y périr ; il en fut néanmoins délivré, comme Jonas qui sortit des abismes de la mer et du ventre de la baleine, qui l’avoit englouti, et comme le fils de Dieu dont la résurrection ne put pas estre empeschée par la profondeur du sepulcre, ni par les horreurs de la mort »

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