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Œuvres commentées

Saints innocents

Le massacre des saints Innocents, à cause d’un enfant sans défense, est le signe de la peur d’un avenir incertain.

Tempera, 1488, Naples, Galleria Nazionale si Capodimonte, 238×237 cm

Évangile de Matthieu

Cet événement apparaît dans l’Evangile de saint Mathieu (Mt 2, 13-18), puis dans le Protévangile de Jacques le Juste, apocryphe du IIème siècle. La Légende Dorée de Jacques de Voragine (1228 – 1298) assura une diffusion postérieure

Après le départ des mages, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus.

Matteo di Giovanni

Matteo di Giovanni di Bartolo, né à Borgo Sansepolcro en 1430, mort à Sienne en 1495, travailla à Sienne comme peintre et doreur dans l’atelier de Giovanni di Pietro. Il se lançât dans la peinture influencé par Pierro della Francesca son contemporain. Il fut vite considéré comme un maître de la peinture siennoise. Il reçut des commandes, de toutes natures des villes non seulement de Sienne mais aussi de Sansepolcro, Pienza, Padoue. Il s’éloigna peu à peu du style siennois pour se rapprocher de ce qui se faisait de mieux au 15e siècle : de l’école florentine. Il fut le maître du Guidoccio Cozzareli, connu pour son œuvre de miniaturiste

Le tableau du massacre des innocents

Cette tempéra sur toile fut peinte vers 1480 suite à une commande d’Alphonse II d’Aragon, duc de Calabre, pour honorer les 800 habitants d’Otrante qui, ayant refusé de renier leur foi, furent tués par les turcs le 14 août lors du sac de cette ville. Dans cette peinture au réalisme poussé à l’extrême, la gamme chromatique est très riche.

L’action se passe curieusement dans le palais d’Hérode assis sur un trône de marbre, aux accoudoirs ornés de bêtes fauves. La coquille qui le surplombe est nettement de style renaissance.

Une femme vêtue d’une robe couleur de sang est poursuivie par un sbire engagé spécialement pour l’affaire (les soldats romains réguliers n’étant pas détournés de leur mission). Ce sbire abat son glaive sur l’enfant tenu dans les bras. A sa droite la scène se reproduit de profil. Sur les extrêmes de chaque côté des femmes dans des poses de Mater dolorosa sont multipliées. Des enfants ensanglantés jonchent le sol. A l’arrière-plan, dans une perspective très réussie, règne le chaos d’où surgissent des épées, des bras levés désespérément vers le ciel et un enfant brandi à bout de bras, soit par une mère espérant le sauver, soit par un soldat qui s’en est emparé. L’expression et la pâleur du visage des mères, le rose de la tunique du soldat au visage noirâtre, le bleu du soldat casqué, le rouge des robes, toutes ces couleurs sont dominées par la tunique d’or d’Hérode assis sur un trône de marbre. Tout concourt à la dramatisation de la scène commandée par la main du roi le bras tendu, et le visage crispé. Ceci, sous le regard désapprobateur d’un conseiller, la tête recouverte d’un turban seule allusion aux turcs, et à la barbe blanche, signe de sagesse

Un témoin, caché derrière une fenêtre grillagée, assiste au spectacle.

Quel sens doit être trouvé ?

Les Mages d’Orient arrivent et couvrent l’enfant de cadeaux dignes d’un roi. Peu après, l’ange du Seigneur demande à Joseph de s’enfuir dans un pays lointain avec Marie et l’enfant, parce qu’un autre roi veut le tuer. Que se passe-t-il ? D’une part, tant de manifestations de sa bonté, et d’autre part, le mal et la souffrance reprennent le dessus.

Le pouvoir d’Hérode était faible, suspendu au bon vouloir de l’occupant romain, livré aux querelles entre factions juives rivales. Les rumeurs de la venue d’un messie, même encore enfant, pouvaient dégénérer en émeutes et en violences si les foules s’en emparaient. Cela s’était d’ailleurs vérifié plusieurs fois au cours de l’histoire récente du pays.

La réaction violente d’Hérode et son désir de mettre l’enfant à mort, ne servent à rien! Ce décret de la mort d’un possible Dieu qui effraie le pouvoir romain fait couler le sang des innocents pour rien!

Jésus lui-même en fera la démonstration lorsque, des années plus tard, il justifiera les craintes qu’Hérode avait à son égard en se révélant comme le Messie attendu. Parce que Jésus enseignait avec autorité, jamais il n’eût besoin d’avoir recours à la violence pour s’imposer.

Face aux événements inexplicables qui marquent l’existence contemporaine, l’intelligence humaine continue de rester dans les ténèbres, de tout faire pour refouler les croyants loin des places publiques, parfois en recourant à la violence (révolution —> séparation de l’Eglise et de l’Etat) : ainsi se termine l’Évangile de nos époques modernes, avec le cri de désolation de Rachel pour ses enfants.

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