Huile sur toile peinte en 1600 par Doménikos EL GRECO

LA FÊTE DE PENTECÔTE
La Pentecôte vient du grec Pentekostê, cinquantième. Dans le premier testament, c’est la fête des Semaines ou Chavouot qui se déroulait ‘ sept semaines entières ’ après la Pâque, à compter du 16 Nisan, Selon la tradition juive, le jour de la Pentecôte correspondrait à celui où la Loi fut donnée à Moïse au Sinaï et où Israël devint un peuple à part. La Pentecôte était chez les Juifs une fête annuelle qui marquait la fin de la moisson des orges et le début de celle des blés. jour où l’on offrait la gerbe d’orge. – Lévitique 23:15 Cette fête exigeait une générosité et une hospitalité plus large et ressemblait à cet égard à la fête des Huttes.
La Bible compare l’esprit saint à de l’eau. “ Je répandrai de l’eau sur l’assoiffé, et des petits ruisseaux sur le lieu desséché. Je répandrai mon esprit sur ta semence, ma bénédiction sur tes descendants. ” (Isaïe 44:3).
La Bible parle certes d’humains qui sont pleins de l’esprit de sagesse (Exode 28:3), plein de l’intelligence (1 Rois 7:14) et même de connaissance exacte (Colossiens 1:9), mais il n’y est jamais question d’une personne qui est pleine d’une autre. Le mot grec pour “ esprit ” est pneuma, qui évoque la puissance et l’invisibilité.
D’après un dictionnaire biblique, le mot pneuma “ désigne d’ordinaire le vent […] ou le souffle ; et, dans un sens restreint, l’esprit qui, comme le vent, est invisible, immatériel et puissant ”. Quand Dieu répand son esprit saint sur ses serviteurs, la Bible dit qu’ils sont ‘ pleins d’esprit saint ’ ou ‘ remplis d’esprit saint ’. Ainsi, Jean le Baptiste, Jésus, Pierre, Paul et Barnabas étaient remplis ou pleins d’esprit saint. C’était également le cas des disciples réunis lors de la Pentecôte 33 de notre ère. – Luc 1:15; 4:1; Actes 4:8; 9:17; 11:24
Dans le nouveau testament, rapporté uniquement par Jean, Jésus annonce qu’il enverra l’Esprit Saint, qu’il appelle le Paraclet. « Je vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous ; le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. » – Jean 14:26 TOB
la fête de la Pentecôte est une occasion spécifique de célébrer le ‘Saint-Esprit’, troisième personne de la trinité chrétienne. Version christianisée de la fête juive, on ne retrouve aucune trace de son observance dans les communautés chrétiennes au cours des premiers siècles. Elle est ainsi célébrée dès les I-IIe siècles pour être officiellement instituée au IVe siècle.
EXTRAIT DES ACTES DES APÔTRES (2,1-4)
« Or, tandis que s’écoulait le jour de la [fête de la] Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu, et tout à coup il vint du ciel un bruit semblable à celui d’un violent coup de vent, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et des langues comme de feu devinrent visibles pour eux et se distribuèrent, et il s’en posa une sur chacun d’eux, et ils se remplirent tous d’esprit saint et commencèrent à parler en d’autres langues, comme l’esprit leur accordait de s’exprimer. »
Domenikos Theotokopoulos dit EL GRECO
De son vrai nom Domenikos Theotokopoulos, né à Candie, en Crète, en 1541, El Greco, commence à étudier la peinture dans sa ville natale, réalisant ses premières œuvres dans un style byzantin classique. Élève de Titien de 1566 à 1570 à Venise, il est aussi influencé par Le Tintoret, puis par d’autres peintres de la Renaissance, durant les six années suivantes, qu’il passe à Rome. Installé à Tolède en 1577, il produit l’Assomption de la Vierge qui marque un tournant dans sa carrière, avec une utilisation des couleurs non normative et une étude de l’espace différentes des usages italiens. Il soumet quelques œuvres au roi Philippe II, et travaille aussi pour la cathédrale de Tolède. C’est en 1586 qu’il réalise le chef-d’œuvre L’Enterrement du conte Orgaz, pour l’église de Santo Tomé. Son art prend alors toute sa mesure, avec des distorsions figuratives et des espaces vides caractéristiques. Passionné de littérature, excentrique et érudite, El Greco marque son temps et le patrimoine culturel européen de ses œuvres particulièrement intenses.
L’OEUVRE LA PENTECÔTE EXPOSÉE AU MUSÉE DU PRADO
C’est une peinture à l’huile d’assez grandes dimensions (275 x127 cm) exposée au Musée du Prado de Madrid.
Avec l’âge du peintre la volonté de l’artiste affirme au travers d’une plus grande simplification, au service d’une exaltation quasi mystique. La figuration est abrégée, voire réduite à l’essentiel nécessaire à l’identification. L’espace, géométrique, morcelé, ainsi que les figures sont traités de manière globale. On remarque la simplification des formes et des visages, les contrastes marqués à longs coups de pinceau. Les lumières paraissent presque irréelles. Ce tableau peint pour colegio de doña maría était probablement positionné sur le deuxième étage du retable, à côté de la crucifixion maintenant dans le prado.

Les apôtres sont groupés en arc de cercle autour de Marie dans un lieu voûté, on pourrait y voir l’allusion à une mandorle : « gloire » en forme d’amande qui concrétise le rayonnement émanant d’un personnage divin ou céleste. La mandorle entoure la Vierge en majesté dans la scène de l’Assomption. Le fond orageux évoque« un bruit semblable à celui d’un violent coup de vent, et il remplit toute la maison». La verticalité des coups de pinceau accentue l’effet de descente de la lumière qu’irradie la colombe symbolisant le saint esprit. Le contraste important fait croire à une lumière artificielle (on est encore au XVIIe siècle !). Il faut noter que la colombe est dessinée sur un fond couleur jaune d’or, El Greco est un spécialiste de l’icone, le fond doré des icônes est la couleur du royaume céleste et de Dieu lui-même.




Le nombre de sujets présents sur le tableau dépasse le nombre des apôtres. Neuf sont placés sur la même ligne horizontale que Marie, pas seulement les apôtres, ont leur tête surmontée d’une flamme bien visible : « Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. » Cinq autres semblent surpris, en observant bien on peut voir une flamme au dessus de chaque tête. Chaque personnage a, une position caractéristique codifiée dans l’art des icones d’un point de vue théologique. Marie est installée comme un Christ « Pantokrator » (dit « tout puissant », mais elle prie Dieu, Elle ne le remplace pas. Elle est l’Eglise. Il est intéressant d’observer les mains expressives, qui semblent louer Dieu. Les visages sont tous différents, avec du caractère. De quelques peureux enfermés dans leur cénacle, l’Esprit en fait d’infatigables témoins qui reprennent en main leur vie et leur ministère interrompu, des piliers de l’annonce de la Bonne Nouvelle. L’Esprit est Souffle qui pousse chacun différent de l’autre à partir loin en mission. Il est amusant de repérer les attitudes singulières, notamment celle de l’apôtre deuxième à partir de la droite, il n’est pas aussi absorbé que les autres, il nous regarde, il ressemble à un portrait de l’artiste déjà présent dans le mariage de la vierge.