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Croire sans avoir vu

ÉVANGILE de Jean 20, (26-29)

« Huit jours plus tard,
les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison,
et Thomas était avec eux.
Jésus vient,
alors que les portes étaient verrouillées,
et il était là au milieu d’eux.
Il dit :
« La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas :
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ;
avance ta main, et mets-la dans mon côté :
cesse d’être incrédule,
sois croyant. »
Alors Thomas lui dit :
« Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit :
« Parce que tu m’as vu, tu crois.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

L’incrédulité de Saint Thomas par Le Caravage huile sur toile de 107cm x 146cm

Le Caravage artiste du XVIe siècle nous fait apparaître avec un réalisme révolutionnaire pour l’époque cet épisode de l’évangile. Le tableau a été peint pendant la période de vie romaine du Caravage. L’intensité de cette lumière contrastant avec un fond sombre est caractéristique de ce peintre. Cette oeuvre exposée dans la galerie du Château de Sans-Souci à Potsdam en Allemagne, a été peinte entre 1601 et 1603.

ANALYSE DU TABLEAU L’INCRÉDULITÉ DE THOMAS

Les figures humaines émergent d’un noir profond comme si elles étaient en relief, les 3 apôtres ont le corps plié, vers les Christ en blanc. Trois apôtres seulement (Saint Jean et Saint Pierre se tiennent derrière Saint Thomas pour observer son geste) regroupés en un ensemble compact, dans une scène horizontale et un cadrage aux trois quarts. Thomas, au premier plan, est habillé de rouge. Ils sont tous les trois sont marqués par leur vie : leurs visages barbus sont burinés et portent des rides et l’habit de Thomas laisse voir un haut de manche décousu ce qui donne davantage de réalisme à cette scène. Le Caravage a certainement pris sur le vif, tel un photographe, des romains de son entourage. Tout est de chaire humaine, de rapport au vrai dans cette toile fabriquée à une époque où les penseurs embellissaient la théologie. La théologie entre ainsi dans l’intimité de chaque gens du peuple.

Le contraste est appuyé picturalement entre un Jésus ressuscité habillé de blanc à gauche vu en buste des trois quarts (Suivant les canons de la peinture des Flandres et de Venise arrivant alors à Rome) et le fond quasiment noir. Le Caravage va plus loin que le textes, le blanc symbolique de la lumière divine se mêle à cette réalité de Jésus se rendant visible et même tangible comme l’est la chair humaine.

Saint Thomas touche avec le doigt la plaie du côté du Christ. L’Évangile de saint Jean 20,(27) dit « mets ton doigt dans le trou de ma main, mets ta main dans mon côté » ; rien dans l’évangile indique que l’apôtre touche les plaies, il s’agit donc pour l’artiste d’interpeller le spectateur par ce geste d’incrédulité de saint Thomas. Serait-ce pour qu’on parle du tableau ou pour passer encore un message symbolique ? La réponse de saint Thomas « mon seigneur et mon Dieu » invite à penser qu’il croit en ayant simplement vu comme les autres disciples une semaine auparavant. C’est l’annonce de la Foi de celles et ceux qui croiront sans toucher.

Poussons plus loin l’analyse de l’espace scénique. Celui-ci se définit en un losange dont les sommets sont les têtes, en ligne de trois mains illuminées : Le Christ a posé sa main gauche sur celle de Thomas pour la guider vers la plaie. La main de Thomas prend le relais d’un œil trop lointain, qui ne semble pas regarder la plaie du Christ, serait-il aveugle ? La pénétration du doigt dans la plaie, ouverte comme deux lèvres, rend la scène violente même s’il n’y a pas de sang, le doigt semble écarter ces lèvres. Les rides des trois fronts stupéfaits des apôtres, et surtout la petite déchirure du tissu à l’épaule gauche de Thomas, de même taille que le stigmate costal, intensifient le sujet. Ici, voir, c’est être avalé par le visible scruté : dans la nuit du tombeau, la lumière venue de la résurrection met les chairs à nu et dévoile l’évidence le miracle, évidence aussi sèche que la plaie exsangue. Les lèvres de cette plaie plus béante que nature appellent donc à un message symbolique : la pénétration du doigt dans cette plaie crée la pénétration de l’humain qui a besoin de preuve dans l’humain divinisé.

Pour le Caravage, ce que Thomas l’Apôtre voit et, ou touche, en cet instant, c’est un homme qui était mort et qui est vivant. Ce qu’il expérimente par ses sens, comme l’ont fait les autres apôtres c’est donc seulement que Jésus est ressuscité. C’est déjà énorme, mais sa confession de foi va beaucoup plus loin : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Thomas l’Apôtre ne voit pas seulement un homme ressuscité, il confesse un homme qui est Dieu. Observons le regard de Saint Thomas, observe-t-il cette plaie ou son regard est-il celui de l’apôtre qui réalise qui entre dans cet instant inouï. En pénétrant l’humanité du Christ, nous entrons dans sa divinité, et par là jusque dans l’intimité de la Trinité.

AU-DELÀ DE LA TOILE DU CARAVAGE

Nous avons besoin d’entrer dans la réalité que les signes nous montrent : Dieu lui-même, dans son intimité, avec l’aide décisive de l’Esprit saint.

Au Cénacle, les disciples sont réunis « par peur des juifs » (Jn 20, 19). Depuis la débâcle qui a suivi l’arrestation de Jésus à Gethsémani et le reniement de Pierre, cette communauté des disciples qui devraient n’avoir « qu’un seul cœur et qu’une seule âme » (Ac 4, 32) n’est plus réunie par l’amour du Christ mais par la peur. Les disciples sont divisés et ne se font plus confiance entre eux, à tel point qu’ils ne croient pas le témoignage des saintes femmes revenues du tombeau vide, et que Thomas ne croit pas les onze lorsqu’ils lui disent avoir vu le Sauveur ressuscité.

Lors de cette deuxième apparition au Cénacle, il en est un qui semble un peu à l’écart, c’est Thomas, disciple zélé qui s’était mis à l’écart du groupe la semaine précédente. Lorsque Jésus avait annoncé sa Passion, c’est lui qui s’était exclamé, plein d’ardeur : « Allons-y nous aussi, nous mourrons avec lui ! » (Jn 11, 5). Tous les disciples n’avaient pas eu le même courage ni le même empressement à courir vers le martyre. Oui, Thomas l’Apôtre, dont la Tradition rapporte qu’il fut le premier évangélisateur de l’Inde et de la Chine est loin d’être un médiocre. D’ailleurs, lors de la première apparition de Jésus au Cénacle, le seul tort de Thomas était d’être absent.

Finalement, tous les disciples, ont eu besoin de voir les plaies glorieuses du Christ pour croire. Aucun des Douze n’a cru sans avoir vu. Thomas est donc bien l’égal des autres, non celui qu’il faut affubler du qualificatif d’incrédule.

Pour mettre fin à cette division que Jésus, s’est fait visible à deux reprises. Il a dit à cette communauté à chaque fois : « La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 19 et 21). C’est l’Esprit saint répandu sur les disciples qui leur aura permis de n’avoir « qu’un seul cœur et qu’une seule âme », « d’avoir remis les péchés » (Jn 20, 23), et de « d’avoir rendu témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus » (Ac 4, 33). C’est l’Esprit saint qui leur donnera de former ensemble une Église selon le cœur de Dieu, capable d’évangéliser le monde entier par le témoignage de l’amour fraternel et d’une paix qui vient d’en-haut. Le Caravage en peignant des vêtements de couleur rouge (symbole de l’amour, de la passion,…) en faisant prendre le même élan du corps aux apôtres, en leur dessinant le même regard profond, montre cette union communautaire.

En conclusion

La lecture est incomplète si l’on s’en tient aux apparences :

A la réputation de Thomas qui est en fait celle de tous les apôtres au Cénacle. Les Apôtres ont vu puis ils ont cru, pour qu’en recevant leur témoignage, nous puissions croire sans avoir vu.

Le doigt dans le corps du Christ par l’un des membre de cette communauté rassemblée au Cénacle, invite à croire que les apôtres sont devenus des témoins unis professant qu’en pénétrant l’humanité du Christ, nous entrons dans sa divinité, et par là jusque dans l’intimité de la Trinité.


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ANNONCIATION

Évangile

26 Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,

27 à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.

28 L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »

29 À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

30 L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

31 Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.

32 Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;

33 il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

34 Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »

35 L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu.

36 Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile.

37 Car rien n’est impossible à Dieu. » 38 Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

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Huile sur bois largeur 185cm, longueur 201,5cm Musée des Beaux Arts de Nancy exécuté en 1608 par Le caravage pour le Duc Henri II de Lorraine

L’annonciation est une des créations ultimes du Caravage qui fut exécutée à Malte ou à Naples pour le duc de Lorraine en 1608. L’œuvre dut être envoyée à Nancy dès son achèvement car Henri II en fit don pour orner le maître autel de la primatiale ouverte au culte en 1609 (actuelle cathédrale) Le CARAVAGE avait perdu le goût de l’antique, il méprisait les œuvres de RAPHAEL, se présentant comme peintre de la réalité de son époque. Il mettait volontiers en scène  des personnes de passage y compris des gueux et gitans… L’annonciation reflète le naturalisme du peintre. La scène se passe dans la chambre de la vierge dont on devine le lit encore défait. L’œuvre trahit la vision pessimiste et la profonde tristesse existentielle qui imprègne nombre d’œuvres du CARAVAGE. Il semble qu’un pesant et noir silence soit installé

La lumière fortement contrastée introduit l’ange avec véhémence  au milieu de l’obscurité. Cette lumière éclaire 3 points : le dos de l’ange, la tête de Marie et une infime partie de l’arrière plan! L’ange Gabriel est un jeune adolescent ébouriffé en suspension vêtu d’un drap, peut-on imaginer qu’il n’est pas très propre ? La mise en lumière ne fait pas apparaître son visage !

Il apostrophe Marie d’un geste dominateur ! Est-ce un mouvement de désignation ?

« Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »

Marie est une jeune femme habillée simplement  de rouge et de bleu, parée de sa beauté naturelle et se prosternant triste et obéissante.

« Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »

Nous devrions exulter de joie à cette annonce !

Aucune joie ni espérance, aucun paysage ni perspective permet à l’œil de se réjouir ni de s’échapper.

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