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Œuvres commentées

Le Combat de Jacob et de l’Ange

Tableau de DELACROIX en l’église Saint Sulpice de Paris

Chapelle des anges de l’église Saint Sulpice
Légende à disposition du public

Comme Jacob, puissions-nous nous engager dans ce combat spirituel pour en sortir transformé et plus proche de Dieu.

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Extraits de la Bible et Prières

L’ECHELLE DE JACOB

LE SONGE DE JACOB par JUSEPE DE RIBEIRA 1639

peinture à l’huile de Jusepe de Ribeira datant de 1639 Musée du Prado à MADRID

Ribera, a réalisé cette oeuvre qui a contribué à le rendre célèbre. Elle illustre le rêve de Jacob. Plus jeune fils d’Isaac et de Rebecca, Jacob passait après son frère aîné Esaü pour recevoir la bénédiction traditionnelle de son père. Jacob jaloux, cependant, était le favori de Rebecca et les deux ont réussi à tromper l’aveugle Isaac en lui donnant la bénédiction pendant qu’Esaü était absent. Esaü enragé préparait sa vengeance. Rebecca demande à Jacob de quitter la maison pour aller choisir une femme dans la ville de Haran. La première nuit de son voyage, un Jacob, solitaire et malheureux se couche et commence son rêve désormais légendaire :

LIVRE DE LA GENÈSE 28

Isaac appela Jacob, le bénit et lui donna cet ordre : « Tu n’épouseras pas une fille de Canaan. Lève-toi, va dans la région de Paddane-Aram, à la maison de Betouël, le père de ta mère, et là tu prendras pour femme l’une des filles de Laban, le frère de ta mère. Que le Dieu-Puissant te bénisse, qu’il te fasse fructifier et te multiplier, et que tu deviennes ainsi une assemblée de peuples, qu’il te donne la bénédiction d’Abraham, à toi et à ta descendance, pour que tu possèdes la terre où tu es venu en immigré, la terre que Dieu a donnée à Abraham ! » Ainsi, Isaac envoya Jacob et celui-ci partit pour la région de Paddane-Aram, chez Laban, fils de Betouël l’Araméen, frère de Rébecca, la mère de Jacob et d’Ésaü. Ésaü vit qu’Isaac avait béni Jacob, et l’avait envoyé en Paddane-Aram pour y prendre femme ; en le bénissant, il lui avait donné cet ordre : « Tu n’épouseras pas une fille de Canaan ».  Jacob avait obéi à son père et à sa mère, il était parti en Paddane-Aram. Ésaü comprit alors que les filles de Canaan ne valaient rien aux yeux de son père Isaac ; et il alla trouver Ismaël : en plus de ses femmes, il épousa Mahalath, fille d’Ismaël, fils d’Abraham ; Mahalath était la sœur de Nebayoth. Jacob partit de Bershéba et se dirigea vers Harane. Il atteignit le lieu où il allait passer la nuit car le soleil s’était couché. Il y prit une pierre pour la mettre sous sa tête, et dormit en ce lieu. Il eut un songe : voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient. Le Seigneur se tenait près de lui. Il dit : « Je suis le Seigneur, le Dieu d’Abraham ton père, le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne, à toi et à tes descendants. Tes descendants seront nombreux comme la poussière du sol, vous vous répandrez à l’orient et à l’occident, au nord et au midi ; en toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre. Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre ; car je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir accompli ce que je t’ai dit. » Jacob sortit de son sommeil et déclara : « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. » Il fut saisi de crainte et il dit : « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! » Jacob se leva de bon matin, il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête, il la dressa pour en faire une stèle, et sur le sommet il versa de l’huile. Jacob donna le nom de Béthel (c’est-à-dire : Maison de Dieu) à ce lieu qui auparavant s’appelait Louz. Alors Jacob prononça ce vœu : « Si Dieu est avec moi, s’il me garde sur le chemin où je marche, s’il me donne du pain pour manger et des vêtements pour me couvrir, et si je reviens sain et sauf à la maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu. Cette pierre dont j’ai fait une stèle sera la maison de Dieu. De tout ce que tu me donneras, je prélèverai la dîme pour toi. »

Le rêve de Jacob a très probablement été commandé à Ribera par Don Ramiro Guzmán, duque de Medina de las Torres (vers 1600-68), qui a régné sur Naples pendant la majeure partie des années 1630 et 1640. Medina de las Torres était un grand collectionneur d’art et semble avoir été l’un des mécènes les plus admiratifs de Ribera. Le peintre est quelque peu audacieux en montrant Jacob tout simplement endormi. Il faut connaître le titre du tableau et le texte de la Genèse pour imaginer que dans les nuages ​​vaporeux au-dessus de sa tête, une échelle se dresse. Ribera est donc le maître de la peinture de l’invisible, et de la métaphore.

LE SONGE DE JACOB : L’oeuvre de RIBEIRA

Le rêve de Jacob est un sujet populaire tout au long de l’histoire de l’art, nombreuses et diverses sont les illustrations de cet épisode biblique, la question qui s’est toujours posée est celle de la façon de peindre le rêve. De ce point de vue, il existe plusieurs mises en scènes : Ne montrer que le rêve ou montrer à la fois Jacob et l’échelle, ou ne montrer que Jacob endormi, c’est le cas ici.

Ribera est totalement fidèle aux Écritures même s’il ne figure pas le contenu du rêve ne faisant que suggérer. Le décor est certainement sombre et misérable, Jacob parait bien malheureux n’ayant pour oreiller qu’une pierre, il est légitime d’être déçu par l’absence de représentation figurative d’échelle, d’anges… Seule la lumière céleste apparaît.  Regardons de plus près, Ribera a peint avec la plus grande délicatesse et subtilité des anges vaporeux descendant apparemment une échelle de nuages. Ribera ayant vécu et travaillé à Naples (espagnole à l’époque) a été en contact avec les italiens voisins, de ce fait il se conformait ainsi parfaitement aux préceptes de l’art de la contre-réforme, qui appelait à une peinture directe et facilement accessible. Ribera divise sa toile en deux surfaces soigneusement distingués: l’une figurant le royaume terrestre inférieur et l’autre le royaume céleste supérieur, le royaume des rêves et de la spiritualité. Le spectateur se prend à rechercher des anges cachés dans les nuages dorés.

La palette de couleur de Ribera est limitée, il s’éloigne de ses début caravagesques d’avant 1632. La représentation des nuages, et les nuances de lumière Ribera sont la marque d’une grande maturité dans la maîtrise de la peinture à l’huile inspirée des maîtres vénitiens. La lumière portée sur le visage de Jacob est le décor vaporeux donnent un côté théâtral à ce tableau.

MONTONS SUR CETTE ECHELLE,

Si ce malheureux homme, aussi sombre que la terre qu’est Jacob dans cette représentation, veut s’élancer vers un Ciel lumineux, il lui faut entrer en communication avec le monde invisible. Le monde mystérieux est au dessus de sa tête, le ciel est aussi vaporeux que les rêves, ce ciel est aussi accessible que le décryptage des rêves. Il n’est pas facile de se rappeler de ses rêves et d’en décrire les détails fussent-ils peuplés d’anges ! Les anges que l’on ne peut que deviner montrent le chemin céleste de Dieu qui se situe, selon la Genèse, tout en haut de cette  » échelle « .

Le Ciel et la Terre peuvent communiquer, la prière permet de s’approcher de Dieu, des anges et des saints. Tout chrétien peut imaginer l’échelle empruntée par les anges (ce sont les seules créatures appelées à monter et descendre), en poussant jusqu’au bout ce raisonnement, pourquoi ces anges peuvent ne porteraient-ils pas nos louanges et nos prières vers Dieu ? Les anges pourraient aussi descendre en portant les grâces divines sur terre…

Pour l’Homme, chaque échelon de l’échelle peut aussi figurer un progrès, un effort consenti à se dépasser, en vue d’une progression vers le rapprochement avec l’invisible. Ainsi, l’âme « monte » de plus en plus haut vers Dieu effort après effort.

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Extraits de la Bible et Prières

LA LUTTE DE JACOB AVEC L’ANGE

Le livre de la Genèse raconte le retour de Jacob sur sa terre natale de Canaan, après qu’il ait travaillé plusieurs années pour le compte de son oncle Laban. Il voyage avec ses deux femmes (Léa et Rachel filles de Laban) Revenu à Canaan, Jacob est demeuré seul pour prier sur la rive du Jabbock après avoir pris diverses dispositions en vue des retrouvailles redoutées avec son frère Ésaü. Durant la nuit et jusqu’à l’aube, il lutte contre un mystérieux adversaire, un ange ? Jacob reçoit sa bénédiction ainsi que le nouveau nom d’Israël sous lequel sa descendance sera désormais connue.

Rembrandt – 1659 – 137 x 116cm Staatliche Museen Berlin

Genèse chapitre 32, 22-31 « Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. Il les prit et leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu’il possédait. Et Jacob resta seul. Quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Voyant qu’il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l’emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui. Il dit : Lâche-moi, car l’aurore est levée, mais Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni. Il lui demanda : Quel est ton nom ? – Jacob, répondit-il. Il reprit : On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l’as emporté. Jacob fit cette demande : Révèle-moi ton nom, je te prie, mais il répondit : Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? et, là même, il le bénit. Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel, car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve. Au lever du soleil, il avait passé Penuel et il boitait de la hanche. »

Biographie de Rembrandt : Né à Leyde aux Pays-Bas le 15 juillet 1606, d’un père meunier, Rembrandt Harmenszoon van Rijn semble tout d’abord se destiner à une carrière plus intellectuelle. Parlant déjà le latin, il entre à l’université dès sa quatorzième année mais ne tarde pas à réaliser que ce chemin ne lui convient pas. Attiré par l’art, il décide plutôt de suivre des cours auprès du peintre Jacob Van Swanenburgh. Poursuivant dans cette voie, il se rend à Amsterdam dans l’atelier du peintre d’histoire Pieter Lastman et y parfait ses techniques pendant six mois avant de retourner à Leyde. À 18 ans seulement, Rembrandt y ouvre son atelier en compagnie de son ami Jan Lievens. C’est là qu’il s’applique à développer son style, s’extirpant des techniques trop académiques. Fort d’un succès naissant, il finit par accueillir de plus en plus d’élèves. En 1634, Rembrandt  par son mariage avec Saskia van Uylenburgh, nièce d’un marchand d’art se trouve en contact avec quelques personnages hauts placés. Ceux-ci reconnaissant un artiste talentueux lui commandent diverses œuvres qui le lancent. Malheureusement deux de ses enfants sont emportés par la mort puis un troisième enfant, qui ne survit pas longtemps. Le quatrième, Titus, doit grandir sans sa mère, qui meurt en 1642. L’artiste n’est pas un homme solitaire. Dès 1643, Rembrandt entretient une relation amoureuse avec Geertje Dircx qui s’occupe de Titus, Rembrandt reprends ses réalisations artistiques. Sa nouvelle femme finit par être internée en 1649. Rembrandt la remplace par, Hendrickje Stoffels. Elle devient rapidement l’un de ses modèles. De cette union hors de l’Eglise naît une fille, Cornelia. À partir de 1656, Rembrandt est complètement ruiné et contraint de mettre en vente tous ses biens. Malheureusement, le peintre est à nouveau endeuillé en 1663 par la mort d’Hendrickje, emportée par la peste. Son fils Titus décède cinq ans plus tard.L’artiste s’éteint le 4 octobre 1669 à Amsterdam. Rembrandt laisse dans son sillage une œuvre remarquable où le baroque et l’art du clair-obscur dominent. L’artiste a réalisé de nombreux portraits, autoportraits, scènes bibliques et historiques, autant en peinture, qu’en dessin et gravure. 

L’oeuvre : Rembrandt s’est limité à l’essence du récit. La signature en bas à droite qui semble une pièce rapportée.

Rembrandt n’a pas peint un moment historique particulier : il en fait un symbole d’une lutte générale de l’homme pour la grâce de Dieu. Nul décor, la scène est frappante, elle contraste avec les tableaux hollandais antérieurs montrant un environnement vivant. La mise à l’épreuve constante de l’homme est sûrement un thème dans la croyance chrétienne. Connaissant la biographie de Rembrandt, il n’est pas étonnant que ce thème soit particulièrement important. Cet homme a été maintes fois placé en situation de combat rationnel qui le mettait également à l’épreuve spirituelle.

Sur un fond brunâtre, alors que l’aurore arrive (le jour n’est pas levé encore), l’ange de blanc vêtu est éclairé par une lumière venue du ciel. Tout est centré sur l’interaction des deux figures, les regards suggèrent l’issue du combat. Ce combat a duré toute la nuit. Jacob paraît épuisé son regard est déjà loin, il enserre le corps de l’ange qui, les traits tirés, tente d’arracher la victoire en lui déboitant la hanche. La main droite de l’ange est passée derrière l’épaule de Jacob tandis que sa jambe appuyée sur un rocher au premier plan bloque son dos, de sa  main droite l’ange repousse le bassin de Jacob en arrière.

Cette lutte se termine par le déboîtement de la hanche de Jacob. Jacob retient l’ange et malgré son épuisement, il lui demande de le bénir.

Le regard serein de l’ange et ses ailes déployées largement évoquent le moment final, lorsque la grâce de Dieu est accordée à Jacob.

L’homme s’est battu aussi pour se dépasser, sorti de sa solitude sur la rive non encore franchie du Yabboq, il s’est retrouvé dans un mano a mano qui se termine par une victoire :

  • Jacob subit une atteinte physique lui imposant la claudication, la marque est créatrice de sens, c’est un changement fondamental qui s’est produit.
  • Le nom donné d’Israël  est évidemment liée à la Bénédiction: bénir (recevoir l’hommage d’un suppliant à genoux) et nommer sont actes de suzerain. En marquant Jacob (Israël), Dieu (ou le Récit) crée les conditions formelles de fonctionnement d’une « langue» nouvelle, dont l’élection d’Israël est le « message ». C’est le nom de sa descendance.

Les Pères de l’Église virent dans ce combat le symbole du combat spirituel et l’efficacité d’une prière instante et constante, pour remporter la victoire finale.  


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