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Œuvres commentées

ENTREE DU CHRIST A JERUSALEM RAMEAUX

En l’église de Saint Germain des prés fresque d’Hyppolite FLANDRIN 1842

Ecole néo classique

Deux tableaux représentant la même scène se trouvent dans l’église Saint-Germain-des-Prés. Avant l’abbatiale de Saint-Denis et jusqu’au roi Dagobert, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés était la nécropole royale des rois mérovingiens (VIe et VIIe siècles). Il y avait là une basilique et un monastère qui furent dédiés à saint Germain vers 754, en mémoire de l’évêque de Paris.
L’abbaye est détruite par les Normands à la fin du IXe siècle, réédifiée à la fin du Xe. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’abbaye est un centre spirituel, intellectuel et artistique, célèbre pour ses moines copistes. À la Révolution, l’abbaye est dissoute. Les bâtiments servent de raffinerie de salpêtre, ce qui cause des dégâts considérables. Elle est rendue au culte en 1803. Au XIXe siècle, des restaurations sont entreprises par les architectes Godde et Baltard. C’est avec Baltard que l’église s’orne de nombreuses fresques et de tableaux. Malgré les transformations au fil du temps, Saint-Germain-des-Prés a gardé les éléments d’origine qui lui confèrent un aspect roman indéniable.

Une composition antique :  Hyppolite FLANDRIN a beaucoup travaillé le style historique avant de passer aux compositions religieuses.

Le style est  marqué par un certain idéalisme décroché du réalisme.

Particularité de la mise en valeur de l’ânon (Evangile de Matthieu seulement) Alors que les autres évangiles font entrer Jésus sur un seul âne, Matthieu le représente sur deux à cause de l’interprétation qu’il fait du livre de Zacharie : « Tressaille d’allégresse, fille de Sion! Pousse des acclamations, fille de Jérusalem! Voici que ton roi s’avance vers toi; il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon tout jeune. » (Za 9,9)     Les lecteurs assidus des psaumes savent que la poésie hébraïque joue beaucoup sur la répétition. Les trois autres évangiles témoignent d’une compréhension de ce texte comme désignant un seul âne, ce qui a beaucoup plus de sens. Pourtant, Matthieu lui voit en Za 9,9 deux animaux distincts. Pour lui, il est si important de montrer que la prophétie telle qu’il la comprenait s’est réalisée, qu’il ne se soucie pas de l’invraisemblance de la scène.

Jésus avance vers mort et résurrection, il porte l’auréole, tous lui montrent la voie. Son vêtement va du bleu au rouge  donc de l’humanité à divinité, la manche est jaune : Depuis le xxe siècle, le jaune est à nouveau valorisé. Il symbolise la renaissance printanière, les richesses naturelles via le blé, le maïs, le miel et la plupart des céréales. Il évoque la richesse matérielle, la domination, la lumière, l’éternité et la foi, en étant l’une des couleurs les plus claires, liée à la gaieté et à la jeunesse. La foule est figée gravement, certains visages semblent voir Jésus portant sa croix (école romaine du XVIe siècle) en bas à droite un homme est prosterné, plus haut une femme prie, un enfant est élevé, (on se croirait à l’audience du pape),  le temps s’arrête…

Les fresques viennent d’être restaurées, elles sont éclatantes de couleurs vives

Symbolique de l’âne : Depuis l’Antiquité, l’imaginaire associé à l’âne est la stupidité, l’obstination, la ruse, la lâcheté, la laideur, la luxure. L’absence d’intelligence est la plus typique connotation liée au nom de l’âne. Plusieurs auteurs de l’Antiquité (Columelle, Ovide, Phèdre, Ezop, Apulée) signalent les conditions pénibles de la vie d’âne et les mauvais traitements dont il est victime.  Les caractéristiques spécifiques de l’animal sont déformées : sa patience, son caractère modeste et paisible sont interprétés Deux têtes d’hommes en relation avec l’âne  comme les manifestations d’un esprit borné. Apollon change les oreilles du roi Midas en oreilles d’âne pour avoir préféré la musique du temple de Delphes plutôt que les  sons de la flûte de Pan. L’élément instinctif de l’homme, une vie qui se déroule au plan terrestre et sensuel. On exhibe sur son dos, le coupable d’adultère sur la place du village. L’ânesse, elle, évoque l’immoralité :  » Je suis une grande pécheresse, plus vile qu’une vieille Turcs désignant une femme sur un âne : la femme adultère 

Associé au milieu humble, acteur des fêtes burlesques et des coutumes infamantes, l’âne est perçu au moyen âge comme une monture déshonorante. Il est particulièrement incompatible avec l’état chevaleresque. Lorsque, dans un proverbe, un homme apparaît en compagnie de l’âne, il en subit une sorte de dégradation. Il est réduit à un rôle déshonorant:  » faire le dupe « . L’âne a une fonction économique centrale dans les campagnes: bête de somme, animal du moulin, où il actionne la meule

Ici, le rôle positif de l’âne dans le symbolisme chrétien (de la crèche à l’entrée de Jésus dans Jérusalem) lui vaut une place privilégiée en dehors de l’imaginaire décrit ci-dessus. Même si selon la Bible, l’âne est à ranger sur la liste des animaux impurs  » Mieux vaut pièce de porc, que hanche d’âne « . Guénon interprète la présence de l’âne dans la crèche en l’opposant à celle du bœuf: les tendances maléfiques s’opposant aux tendances bénéfiques. L’entrée du Christ à Jérusalem sur un âne peuvent figurer ces mêmes forces maléfiques vaincues, surmontées par le Rédempteur, la condition sociale inférieure. L’âne à lui seul connote la pauvreté. Il est mis en opposition avec d’autres animaux domestiques de statut supérieur (avec le bœuf en latin, le cheval en français). Arabe sur un âne

Symbolique de la palme : Alors que dans les tableaux vus précédemment les foules ramassaient des branches d’oliviers, la foule tient à l main des palmes : Dans la mythologie égyptienne, le palmier est l’attribut d’Isis. Il symbolise la vie éternelle. De même, cet arbre représentait aussi Thot (le dieu de la sagesse et de la science). Il symbolisait alors le principe masculin dans la nature. Comme tout rameau, toute branche verte, la palme est considérée comme symbole de vitalité, donc de victoire. Les palmiers offrent l’ombre et les dattes rafraîchissantes, offrent à ceux qui vivent dans les zones désertiques la verdure de la terre promise. Dans le même esprit, les Grecs et les Romains feront de la palme l’insigne de la victoire, qu’elle soit obtenue dans les compétitions sportives et littéraires des jeux, ou bien qu’elle soit fêtée lors du triomphe des généraux romains.

 A la coupole du baptistère des Ariens à Ravenne, ce sont douze palmiers qui figurent l’arbre de vie pour scander la procession des douze apôtres qui représentent la foule des bienheureux décrits par l’Apocalypse. Cet arbre est particulièrement riche de symbolisme parce qu’il offre son ombre rafraîchissante et ses fruits réconfortants dans le désert dangereux. Ses propres feuilles deviennent elles-mêmes symbole de victoire sur la mort et le mal et c’est pour cela qu’elles rappellent la glorification des martyrs.

A tous, bonne montée vers Pâques

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Extraits de la Bible et Prières

LA CRÉATION D’ADAM

Michel-Ange 1510, Chapelle Sixtine au Vatican, 

En 1508, Michel- Ange (de son vrai nom Michelangelo di Lodovico Buonarroti) est choisi par Jules II pour embellir la voûte étoilée, trop simple à son goût. Michel- Ange est âgé de 33 ans. C’est un artiste au talent reconnu, mais qui préfère nettement s’exprimer dans la sculpture. Il est célèbre pour avoir déjà produit des œuvres majeures comme le Bacchus, la Pietà ou le gigantesque David. D’ailleurs, lui-même ne se considère absolument pas comme un peintre.

Plafond de la chapelle Sixtine

Avec beaucoup d’assurance, il a peint certains personnages des neuf tableaux principaux nus (les fameux « ignudi », il y en a 20). Par contre, Dieu est respectueusement revêtu d’une tunique. Détail amusant pour nous, mais qui a dû faire grincer des dents à cette époque : il s’est autorisé à dévoiler les fesses du Tout-Puissant (mais oui !) dans le tableau de la création du soleil et de la lune, comme pour démontrer que nous sommes bien faits à son image… 

La quatrième scène dans l’ordre chronologique du récit, la création d’Adam, vaste scène qui vaut pour elle-même, sans Ignudi, ni prophète ni Sibylle. Dans la doctrine cabalistique, Adam est issu de la main de Dieu par un contact affectueux entre les doigts du père et du fils.

La création d’Adam

Cette scène réalisée entre 1511 et 1512 est l’une des plus célèbres parmi les fresques des grandes voûtes de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange et se trouve à côté d’une pièce similaire, la Création d’Ève, ainsi que d’une autre scène majeure, la Séparation des Eaux et de la Terre. La représentation d’Adam par Michel-Ange est assez différente des autres travaux précédents figurant la Création. Dans cette image, Dieu et Adam se font face, Dieu flottant dans le ciel, entouré par des personnages angéliques et d’un manteau fluide agité par le vent. Plusieurs personnes ont remarqué que le manteau rouge qui entoure les personnages célestes ressemble à un utérus et il est possible, considérant les connaissances anatomiques de Michel-Ange, que ce soit délibéré et symbolique des concepts de création et de fertilité.

Dans cette image, Dieu apparaît comme un vieil homme. Cette représentation de Dieu avec un corps tangible et puissant, poussé en avant dans une action pure, est très différente des images habituelles de Dieu dans l’art occidental, en tant que roi immobile, exerçant son pouvoir depuis un trône.  A la place de vêtements royaux, il porte une tunique simple découvrant ses bras et ses jambes. Dans un sens, cela permet de rendre Dieu plus humain, plus personnel, moins éloigné de l’humanité et plus impliqué dans les événements sur Terre. Dieu, est l’incarnation même de la force du sage, de la volonté. Sa puissance est suggérée par sa carrure athlétique et la noblesse de son profil. Le vent fait flotter une barbe grisonnante et fournie, emblème traditionnel de la sagesse. Ce mouvement induit un sentiment de vitesse et de détermination, encore amplifié par la présence de cet index tendu, volontaire.

En contraste avec les actions déterminées de Dieu, Adam est étendu de façon nonchalante et tend un bras désinvolte vers l’index de Dieu. Ce jeune homme nu est nu, la simplicité du décor suggère la jeunesse du monde et son inachèvement. Adam s’éveille au monde. Son corps est représenté avec beaucoup de réalisme, sans doute grâce à l’œil exercé de sculpteur de Michel-Ange, artiste fasciné par la beauté du corps humain. Encore tout alangui, Adam regarde Dieu qui vole à sa rencontre dans l’azur d’un ciel pur. Son visage reflète une forme de candeur, presque enfantine, qui tranche avec son corps parfait, représentation de la virilité dans toute sa splendeur. Sa nudité, pourtant justifiée, contraste avec la tunique couleur chair du Créateur, seul personnage du tableau à être habillé et dont la respectabilité se voit ainsi soulignée. Le bras d’Adam nécessite l’appui de sa jambe repliée, et sa main gauche retombe, elle aussi,  en manque de vitalité. On pourrait également donner une interprétation bien différente à l’attentisme et à la passivité d’Adam : ne trouveraient-ils pas une justification dans le manque d’enthousiasme des hommes à recevoir et à appliquer le message divin ?

Par les mains et les bras, l’étincelle créatrice passe d’une orbite à l’autre. L’amour rayonne du visage de Dieu et du visage de l’homme. Ce toucher divin veut représenter l’étincelle divine de vie que Dieu donne aux êtres humains. Les deux personnages possèdent des caractéristiques semblables, dans leurs postures tout comme dans la forme de leurs corps, ce qui voudrait refléter l’idée selon laquelle Dieu a créé l’homme à son image.

Face à la singularité d’Adam, Michel-Ange entoure le Créateur d’une multitude de petits angelots indisciplinés qui se pressent  dans les plis d’une cape aux dimensions impressionnantes. A quoi vous fait-elle donc penser ? Personnellement, certains y voient la forme d’un profond coquillage, d’autres y ont vu les contours d’un utérus (voir même d’un cerveau !). Sa couleur est le rouge sang, comme le fluide vital qui circule dans notre corps. Cette cape est assurément un emblème de fécondité, une allégorie de la faculté de Dieu  à pouvoir créer la vie.  Vous aurez remarqué la présence d’une écharpe qui flotte au vent sous la multitude qui accompagne Dieu. Elle s’échappe de la cape et sa couleur est du même ton de vert que celui utilisé pour peindre l’herbe naissante sur laquelle est étendu Adam.

Ainsi, le Créateur accorde la vie aux hommes, mais sous sa main féconde, le monde végétal  peut également éclore et s’épanouir…Un autre sujet d’interrogation dans cette fresque concerne l’identité des autres personnages qui apparaissent dans les drapés qui entourent Dieu. Notez la figure féminine qui se trouve directement sous le bras gauche de Dieu et qui regarde vers Adam.  (Dieu l’enlace de son bras en un geste protecteur. ) Dans cette cohorte asexuée, elle occupe une place privilégiée au milieu du groupe. Ainsi,  à l’instant où Dieu donne vie à Adam, la femme est déjà en germe à ses côtés… La figure du personnage enlacé par le bras gauche du créateur a intrigué les commentateurs : est-ce Eve encore non crée, ou Sophia la sagesse divine ?  Généralement, on pense qu’il s’agit d’Ève, présente en esprit alors qu’elle anticipe sa propre création à travers le corps d’Adam mais d’autres pensent plutôt qu’il pourrait s’agir de Marie, mère de Jésus, et que l’enfant à sa gauche, que Dieu tient par l’épaule, serait Jésus lui-même. S’il s’avérait que cette spéculation soit vraie, alors cette scène est hautement symbolique et annonce la venue du Christ qui délivrera l’humanité du péché originel d’Adam. Il est également possible que ce personnage soit simplement un ange à l’aspect particulièrement féminin, sans aucune signification particulière.

Augustin interprète allégoriquement l’événement comme une image de la Pentecôte et de la vie inspirée par l’Esprit saint dans le corps de l’Église, le doigt du Créateur transmettant ici à sa magnifique créature le souffle de l’Esprit, qui le fait ébaucher le geste de se soulever de la terre. La beauté, sans doute plus païenne que chrétienne, du premier homme fait penser aux divinités fluviales de l’antiquité romaine, et semble pressentir les statues qui figureront les quatre heures du Jour sur les tombeaux des Médicis, à San Lorenzo.

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