Catégories
Œuvres commentées

La 5e plaie d’Egypte

Le titre donné par Turner à son œuvre au 19e siècle est la 5e plaie d’Egypte, on peut y voir aussi, la 7e plaie décrite dans l’Exode.

Premier grand tableau peint par J. M. W. Turner à l’âge de 24 ans (en 1800)
Dim. 1,22 x 183cm Huile sur toile, visible au Indianapolis, Museum of art

Texte de référence : Exode 9

L’Eternel dit à Moïse : « Va trouver le pharaon et tu lui annonceras : ‘Voici ce que dit l’Eternel, le Dieu des Hébreux : Laisse partir mon peuple afin qu’il me serve. Si tu refuses de le laisser partir et si tu le retiens encore, la main de l’Eternel frappera tes troupeaux dans les champs, les chevaux, les ânes, les chameaux, les bœufs et les brebis ; il y aura une mortalité très importante. L’Eternel traitera de manière différente les troupeaux d’Israël et ceux des Egyptiens : rien de tout ce qui appartient aux Israélites ne mourra.’ » L’Eternel fixa un moment précis en disant : « Demain, l’Eternel fera cela dans le pays », et il agit ainsi dès le lendemain. Tous les troupeaux des Egyptiens moururent, tandis que pas une seule bête des troupeaux des Israélites ne mourut. Le pharaon s’informa de ce qui était arrivé et constata que pas une seule bête des troupeaux d’Israël n’était morte. Cependant, le cœur du pharaon resta insensible et il ne laissa pas partir le peuple. »

L’auteur : J. M. W. Turner

William Turner, « le peintre de la lumière », est né le 23 avril 1775, et décédé le 19 décembre 1851

Complètement dévoué à son art, d’un tempérament rude et robuste, il fut un insatiable voyageur parcourant l’Europe, en particulier l’Italie, la France, l’Allemagne et la Suisse. Il fut un grand admirateur des maîtres anciens, en particulier du paysagiste historique Claude Gelée (1600-1682 dit le Lorrain) et de Nicolas Poussin. Peintre de paysages, il dessina ou reproduisit au moyen d’aquarelles, et d’huiles. Il léguera ainsi à l’Etat britannique, à sa mort, plus de 20 000 oeuvres sur papier ! La première impression que donne l’œuvre est l’audace, elle préfigure l’impressionnisme.

Analyse du tableau

Âgé de seulement 24 ans, Turner a présenté cette peinture pour l’exposition annuelle de la Royal Academy à Londres en 1800. Il voulait impressionner les critiques en exposant une grande toile à la hauteur de ses ambitions.

Au premier plan en bas à droite Moïse, difficile à discerner dans l’ombre, maudit les égyptiens. Moïse est noyé dans l’immense paysage, les effets de couleurs dramatiques, le tonnerre, la grêle et le feu sont le véritable sujet de cette scène dramatique. (Cf. Exode 9 23 « Moïse étendit sa verge vers le ciel; et l’Eternel envoya des tonnerres et de la grêle, et le feu se promenait sur la terre. L’Eternel fit pleuvoir de la grêle sur le pays d’Egypte. » ) Le ciel tourmenté est donc bien le signe de la malédiction divine. Une estampe de Turner représente la même scène avec des mouvements des éléments dessinés de façon similaire.

La cinquième plaie d’Égypte est avant tout un paysage tourmenté mettant en évidence davantage l’action de la nature que la description du texte de l’exode. L’ensemble donne l’impression qu’une tempête arrive. L’œil est attiré d’abord par les tâches de couleurs décrivant les chutes de grêle ou de pluie, les nuances de gris foncé parfois mêlé de rouge ou de jaune créent un effet dramatique. La tâche triangulaire blanche plantée en plein centre de l’œuvre, fait comprendre que le paysage est égyptien. Cette pyramide à la pointe blanche émerge des ruines environnantes, la tempête fait tellement rage, que les habitations sont dévastées et les arbres cassés.

Le jeune peintre est passé de la représentation de la cinquième à la septième plaie d’Égypte en plaçant au premier plan, deux chevaux et un homme morts représentent peut-être « la mort des troupeaux »

En conclusion

Il s’agit de la première œuvre peinte par Turner qui est issue de l’Ancien Testament et de l’Antiquité. Il est difficile de choisir entre la 5e et la 7e plaie d’Egypte ou les deux à la fois.

Dans la composition et sa technique apparaissent les prémisses de l’impressionnisme.

Cette œuvre grandiose fut bien accueillie. En 1802, il réalisera aussi La Dixième Plaie d’Égypte en utilisant ses pinceaux de la même façon.

Catégories
Œuvres commentées

GOD IS AN ARCHITECT

Gravure de William BLAKE 18e siècle

Gravure réalisée en 1794 à l’encre (23cm x 17cm) British Museum

Revendiquant la supériorité de l’intuition mystique sur la raison, Blake estimait que les formes parfaites ne peuvent être reproduites que d’après les visions intérieures et non pas d’après l’observation de la nature. Dans cette gravure à l’eau-forte, on voit l’influence de Michel-Ange sur le plan artistique, tandis que le compas d’or avec lequel le Démiurge façonne le monde évoque explicitement le poème de Milton.

Au milieu d’une nuée qui pourrait faire penser au chaos noir comme le néant originel, apparaît une lumière.

Dieu est représenté âgé, barbu les cheveux au vent inscrit dans un cercle (symbolique divine du cercle par St Thomas d’Aquin)

Il tient de son bras gauche sortant de ce cercle un compas doré qui rappelle le symbole de la troisième grande lumière pour les francs-maçons lorsqu’il est ouvert à 90°.

Le compas fait aussi référence à l’infini du cercle et sa référence au soleil.

Catégories
Extraits de la Bible et Prières

LA CRÉATION D’ADAM

Michel-Ange 1510, Chapelle Sixtine au Vatican, 

En 1508, Michel- Ange (de son vrai nom Michelangelo di Lodovico Buonarroti) est choisi par Jules II pour embellir la voûte étoilée, trop simple à son goût. Michel- Ange est âgé de 33 ans. C’est un artiste au talent reconnu, mais qui préfère nettement s’exprimer dans la sculpture. Il est célèbre pour avoir déjà produit des œuvres majeures comme le Bacchus, la Pietà ou le gigantesque David. D’ailleurs, lui-même ne se considère absolument pas comme un peintre.

Plafond de la chapelle Sixtine

Avec beaucoup d’assurance, il a peint certains personnages des neuf tableaux principaux nus (les fameux « ignudi », il y en a 20). Par contre, Dieu est respectueusement revêtu d’une tunique. Détail amusant pour nous, mais qui a dû faire grincer des dents à cette époque : il s’est autorisé à dévoiler les fesses du Tout-Puissant (mais oui !) dans le tableau de la création du soleil et de la lune, comme pour démontrer que nous sommes bien faits à son image… 

La quatrième scène dans l’ordre chronologique du récit, la création d’Adam, vaste scène qui vaut pour elle-même, sans Ignudi, ni prophète ni Sibylle. Dans la doctrine cabalistique, Adam est issu de la main de Dieu par un contact affectueux entre les doigts du père et du fils.

La création d’Adam

Cette scène réalisée entre 1511 et 1512 est l’une des plus célèbres parmi les fresques des grandes voûtes de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange et se trouve à côté d’une pièce similaire, la Création d’Ève, ainsi que d’une autre scène majeure, la Séparation des Eaux et de la Terre. La représentation d’Adam par Michel-Ange est assez différente des autres travaux précédents figurant la Création. Dans cette image, Dieu et Adam se font face, Dieu flottant dans le ciel, entouré par des personnages angéliques et d’un manteau fluide agité par le vent. Plusieurs personnes ont remarqué que le manteau rouge qui entoure les personnages célestes ressemble à un utérus et il est possible, considérant les connaissances anatomiques de Michel-Ange, que ce soit délibéré et symbolique des concepts de création et de fertilité.

Dans cette image, Dieu apparaît comme un vieil homme. Cette représentation de Dieu avec un corps tangible et puissant, poussé en avant dans une action pure, est très différente des images habituelles de Dieu dans l’art occidental, en tant que roi immobile, exerçant son pouvoir depuis un trône.  A la place de vêtements royaux, il porte une tunique simple découvrant ses bras et ses jambes. Dans un sens, cela permet de rendre Dieu plus humain, plus personnel, moins éloigné de l’humanité et plus impliqué dans les événements sur Terre. Dieu, est l’incarnation même de la force du sage, de la volonté. Sa puissance est suggérée par sa carrure athlétique et la noblesse de son profil. Le vent fait flotter une barbe grisonnante et fournie, emblème traditionnel de la sagesse. Ce mouvement induit un sentiment de vitesse et de détermination, encore amplifié par la présence de cet index tendu, volontaire.

En contraste avec les actions déterminées de Dieu, Adam est étendu de façon nonchalante et tend un bras désinvolte vers l’index de Dieu. Ce jeune homme nu est nu, la simplicité du décor suggère la jeunesse du monde et son inachèvement. Adam s’éveille au monde. Son corps est représenté avec beaucoup de réalisme, sans doute grâce à l’œil exercé de sculpteur de Michel-Ange, artiste fasciné par la beauté du corps humain. Encore tout alangui, Adam regarde Dieu qui vole à sa rencontre dans l’azur d’un ciel pur. Son visage reflète une forme de candeur, presque enfantine, qui tranche avec son corps parfait, représentation de la virilité dans toute sa splendeur. Sa nudité, pourtant justifiée, contraste avec la tunique couleur chair du Créateur, seul personnage du tableau à être habillé et dont la respectabilité se voit ainsi soulignée. Le bras d’Adam nécessite l’appui de sa jambe repliée, et sa main gauche retombe, elle aussi,  en manque de vitalité. On pourrait également donner une interprétation bien différente à l’attentisme et à la passivité d’Adam : ne trouveraient-ils pas une justification dans le manque d’enthousiasme des hommes à recevoir et à appliquer le message divin ?

Par les mains et les bras, l’étincelle créatrice passe d’une orbite à l’autre. L’amour rayonne du visage de Dieu et du visage de l’homme. Ce toucher divin veut représenter l’étincelle divine de vie que Dieu donne aux êtres humains. Les deux personnages possèdent des caractéristiques semblables, dans leurs postures tout comme dans la forme de leurs corps, ce qui voudrait refléter l’idée selon laquelle Dieu a créé l’homme à son image.

Face à la singularité d’Adam, Michel-Ange entoure le Créateur d’une multitude de petits angelots indisciplinés qui se pressent  dans les plis d’une cape aux dimensions impressionnantes. A quoi vous fait-elle donc penser ? Personnellement, certains y voient la forme d’un profond coquillage, d’autres y ont vu les contours d’un utérus (voir même d’un cerveau !). Sa couleur est le rouge sang, comme le fluide vital qui circule dans notre corps. Cette cape est assurément un emblème de fécondité, une allégorie de la faculté de Dieu  à pouvoir créer la vie.  Vous aurez remarqué la présence d’une écharpe qui flotte au vent sous la multitude qui accompagne Dieu. Elle s’échappe de la cape et sa couleur est du même ton de vert que celui utilisé pour peindre l’herbe naissante sur laquelle est étendu Adam.

Ainsi, le Créateur accorde la vie aux hommes, mais sous sa main féconde, le monde végétal  peut également éclore et s’épanouir…Un autre sujet d’interrogation dans cette fresque concerne l’identité des autres personnages qui apparaissent dans les drapés qui entourent Dieu. Notez la figure féminine qui se trouve directement sous le bras gauche de Dieu et qui regarde vers Adam.  (Dieu l’enlace de son bras en un geste protecteur. ) Dans cette cohorte asexuée, elle occupe une place privilégiée au milieu du groupe. Ainsi,  à l’instant où Dieu donne vie à Adam, la femme est déjà en germe à ses côtés… La figure du personnage enlacé par le bras gauche du créateur a intrigué les commentateurs : est-ce Eve encore non crée, ou Sophia la sagesse divine ?  Généralement, on pense qu’il s’agit d’Ève, présente en esprit alors qu’elle anticipe sa propre création à travers le corps d’Adam mais d’autres pensent plutôt qu’il pourrait s’agir de Marie, mère de Jésus, et que l’enfant à sa gauche, que Dieu tient par l’épaule, serait Jésus lui-même. S’il s’avérait que cette spéculation soit vraie, alors cette scène est hautement symbolique et annonce la venue du Christ qui délivrera l’humanité du péché originel d’Adam. Il est également possible que ce personnage soit simplement un ange à l’aspect particulièrement féminin, sans aucune signification particulière.

Augustin interprète allégoriquement l’événement comme une image de la Pentecôte et de la vie inspirée par l’Esprit saint dans le corps de l’Église, le doigt du Créateur transmettant ici à sa magnifique créature le souffle de l’Esprit, qui le fait ébaucher le geste de se soulever de la terre. La beauté, sans doute plus païenne que chrétienne, du premier homme fait penser aux divinités fluviales de l’antiquité romaine, et semble pressentir les statues qui figureront les quatre heures du Jour sur les tombeaux des Médicis, à San Lorenzo.

Catégories
Extraits de la Bible et Prières

L’ECHELLE DE JACOB

LE SONGE DE JACOB par JUSEPE DE RIBEIRA 1639

peinture à l’huile de Jusepe de Ribeira datant de 1639 Musée du Prado à MADRID

Ribera, a réalisé cette oeuvre qui a contribué à le rendre célèbre. Elle illustre le rêve de Jacob. Plus jeune fils d’Isaac et de Rebecca, Jacob passait après son frère aîné Esaü pour recevoir la bénédiction traditionnelle de son père. Jacob jaloux, cependant, était le favori de Rebecca et les deux ont réussi à tromper l’aveugle Isaac en lui donnant la bénédiction pendant qu’Esaü était absent. Esaü enragé préparait sa vengeance. Rebecca demande à Jacob de quitter la maison pour aller choisir une femme dans la ville de Haran. La première nuit de son voyage, un Jacob, solitaire et malheureux se couche et commence son rêve désormais légendaire :

LIVRE DE LA GENÈSE 28

Isaac appela Jacob, le bénit et lui donna cet ordre : « Tu n’épouseras pas une fille de Canaan. Lève-toi, va dans la région de Paddane-Aram, à la maison de Betouël, le père de ta mère, et là tu prendras pour femme l’une des filles de Laban, le frère de ta mère. Que le Dieu-Puissant te bénisse, qu’il te fasse fructifier et te multiplier, et que tu deviennes ainsi une assemblée de peuples, qu’il te donne la bénédiction d’Abraham, à toi et à ta descendance, pour que tu possèdes la terre où tu es venu en immigré, la terre que Dieu a donnée à Abraham ! » Ainsi, Isaac envoya Jacob et celui-ci partit pour la région de Paddane-Aram, chez Laban, fils de Betouël l’Araméen, frère de Rébecca, la mère de Jacob et d’Ésaü. Ésaü vit qu’Isaac avait béni Jacob, et l’avait envoyé en Paddane-Aram pour y prendre femme ; en le bénissant, il lui avait donné cet ordre : « Tu n’épouseras pas une fille de Canaan ».  Jacob avait obéi à son père et à sa mère, il était parti en Paddane-Aram. Ésaü comprit alors que les filles de Canaan ne valaient rien aux yeux de son père Isaac ; et il alla trouver Ismaël : en plus de ses femmes, il épousa Mahalath, fille d’Ismaël, fils d’Abraham ; Mahalath était la sœur de Nebayoth. Jacob partit de Bershéba et se dirigea vers Harane. Il atteignit le lieu où il allait passer la nuit car le soleil s’était couché. Il y prit une pierre pour la mettre sous sa tête, et dormit en ce lieu. Il eut un songe : voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient. Le Seigneur se tenait près de lui. Il dit : « Je suis le Seigneur, le Dieu d’Abraham ton père, le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne, à toi et à tes descendants. Tes descendants seront nombreux comme la poussière du sol, vous vous répandrez à l’orient et à l’occident, au nord et au midi ; en toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre. Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre ; car je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir accompli ce que je t’ai dit. » Jacob sortit de son sommeil et déclara : « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. » Il fut saisi de crainte et il dit : « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! » Jacob se leva de bon matin, il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête, il la dressa pour en faire une stèle, et sur le sommet il versa de l’huile. Jacob donna le nom de Béthel (c’est-à-dire : Maison de Dieu) à ce lieu qui auparavant s’appelait Louz. Alors Jacob prononça ce vœu : « Si Dieu est avec moi, s’il me garde sur le chemin où je marche, s’il me donne du pain pour manger et des vêtements pour me couvrir, et si je reviens sain et sauf à la maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu. Cette pierre dont j’ai fait une stèle sera la maison de Dieu. De tout ce que tu me donneras, je prélèverai la dîme pour toi. »

Le rêve de Jacob a très probablement été commandé à Ribera par Don Ramiro Guzmán, duque de Medina de las Torres (vers 1600-68), qui a régné sur Naples pendant la majeure partie des années 1630 et 1640. Medina de las Torres était un grand collectionneur d’art et semble avoir été l’un des mécènes les plus admiratifs de Ribera. Le peintre est quelque peu audacieux en montrant Jacob tout simplement endormi. Il faut connaître le titre du tableau et le texte de la Genèse pour imaginer que dans les nuages ​​vaporeux au-dessus de sa tête, une échelle se dresse. Ribera est donc le maître de la peinture de l’invisible, et de la métaphore.

LE SONGE DE JACOB : L’oeuvre de RIBEIRA

Le rêve de Jacob est un sujet populaire tout au long de l’histoire de l’art, nombreuses et diverses sont les illustrations de cet épisode biblique, la question qui s’est toujours posée est celle de la façon de peindre le rêve. De ce point de vue, il existe plusieurs mises en scènes : Ne montrer que le rêve ou montrer à la fois Jacob et l’échelle, ou ne montrer que Jacob endormi, c’est le cas ici.

Ribera est totalement fidèle aux Écritures même s’il ne figure pas le contenu du rêve ne faisant que suggérer. Le décor est certainement sombre et misérable, Jacob parait bien malheureux n’ayant pour oreiller qu’une pierre, il est légitime d’être déçu par l’absence de représentation figurative d’échelle, d’anges… Seule la lumière céleste apparaît.  Regardons de plus près, Ribera a peint avec la plus grande délicatesse et subtilité des anges vaporeux descendant apparemment une échelle de nuages. Ribera ayant vécu et travaillé à Naples (espagnole à l’époque) a été en contact avec les italiens voisins, de ce fait il se conformait ainsi parfaitement aux préceptes de l’art de la contre-réforme, qui appelait à une peinture directe et facilement accessible. Ribera divise sa toile en deux surfaces soigneusement distingués: l’une figurant le royaume terrestre inférieur et l’autre le royaume céleste supérieur, le royaume des rêves et de la spiritualité. Le spectateur se prend à rechercher des anges cachés dans les nuages dorés.

La palette de couleur de Ribera est limitée, il s’éloigne de ses début caravagesques d’avant 1632. La représentation des nuages, et les nuances de lumière Ribera sont la marque d’une grande maturité dans la maîtrise de la peinture à l’huile inspirée des maîtres vénitiens. La lumière portée sur le visage de Jacob est le décor vaporeux donnent un côté théâtral à ce tableau.

MONTONS SUR CETTE ECHELLE,

Si ce malheureux homme, aussi sombre que la terre qu’est Jacob dans cette représentation, veut s’élancer vers un Ciel lumineux, il lui faut entrer en communication avec le monde invisible. Le monde mystérieux est au dessus de sa tête, le ciel est aussi vaporeux que les rêves, ce ciel est aussi accessible que le décryptage des rêves. Il n’est pas facile de se rappeler de ses rêves et d’en décrire les détails fussent-ils peuplés d’anges ! Les anges que l’on ne peut que deviner montrent le chemin céleste de Dieu qui se situe, selon la Genèse, tout en haut de cette  » échelle « .

Le Ciel et la Terre peuvent communiquer, la prière permet de s’approcher de Dieu, des anges et des saints. Tout chrétien peut imaginer l’échelle empruntée par les anges (ce sont les seules créatures appelées à monter et descendre), en poussant jusqu’au bout ce raisonnement, pourquoi ces anges peuvent ne porteraient-ils pas nos louanges et nos prières vers Dieu ? Les anges pourraient aussi descendre en portant les grâces divines sur terre…

Pour l’Homme, chaque échelon de l’échelle peut aussi figurer un progrès, un effort consenti à se dépasser, en vue d’une progression vers le rapprochement avec l’invisible. Ainsi, l’âme « monte » de plus en plus haut vers Dieu effort après effort.

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer