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NATIVITE

LA SAINTE FAMILLE EN CONTEMPLATION

Pour cette fin d’année 2020, je vous propose une étude d’une nativité de Lorenzo LOTTO datant de 1523. Cette huile sur bois de dimensions modestes (46 cm x 35,9 cm) est exposée au National Gallery of Art de Washington.

Le mot Nativité désigne la naissance à Bethléem de Jésus de Nazareth. La date de cette naissance marque l’année origine du calendrier grégorien. 

Le mot « nativité » vient du latin « nativitas », qui signifie « naissance ». Dans le domaine de l’art religieux, une « Nativité » est une représentation de cette naissance sous forme de peintures, sculptures, vitraux, musique…

La nativité dans l’Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » 

Lorenzo Lotto, peintre italien du XVIe

Lorenzo Lotto est un peintre italien est né en 1480 à Venise, il est décédé en 1556 à Loreto, à l’âge de 76 ans.

Il passa son enfance et son adolescence à Venise à Trévise et, bien qu’il ait été influencé par les Vénitiens Giovanni Bellini et Antonello da Messina, il a recherché une originalité le démarquant de la tradition vénitienne. 

Ses premiers tableaux datés, la Vierge et Saint Pierre Martyr (1503) et le Portrait de l’évêque Bernardo de ‘Rossi (1505), tous deux à Naples, ont des traits Quattrocento indéniables dans le traitement de la draperie et du paysage et dans la tonalité fraîche.

Entre 1508 et 1512, Lotto se rend à Rome, il s’inspire de de Raphaël. Dans la mise

au tombeau (1512) à Jesi et la Transfiguration (vers 1513) à Recanati, Lotto abandonne la couleur froide de ses débuts pour utiliser des couleurs vives, représenter des paysages qui donnent de la profondeur aux tableaux.

Après 1513, Lotto vit principalement à Bergame , où son style s’affirme, il fait preuve d’une plus grande inventivité,  les ombres et les lumières sont davantage marquées et les couleurs deviennent plus riches.  Les œuvres les plus réussies de cette période sont les retables de San Bernardino et Santo Spirito.

En 1526, Lotto retourna à Venise, vient s’inspirer des œuvres du Titien. Il dessine des miniatures. Artiste sensible, tourmenté, inquiet, il donne des émotions, de l’âme à ses œuvres ; les personnages pleins de vie, les draperies, l’éclairage sont particulièrement travaillés dans l’Annonciation (vers 1527). Peintre de portraits et de petits tableaux de dévotion. Lotto devient célèbre, il donne aux détails du quotidien une acuité qui l’apparente aux Flamands et met en scène ses tableaux avec un sens de la composition qui lui sont propres. La Vierge du Rosaire (1539) et la Crucifixion (1531), révèlent son mysticisme et une véritable puissance narrative. Le but de l’artiste est de stimuler le spectateur en ne figeant pas ses tableaux mais en ouvrant des chemins de lecture lorsque les yeux s’attardent sur ses œuvres.

En 1549, sa nature nomade, célibataire, qui se déplace au gré des commandes le fait partir dans les Marches et sa vie devint de plus en plus instable. Son tempérament nerveux et irritable et l’empêche d’entretenir des relations permanentes. Dans sa vieillesse, usé et désargenté, trouve un semblant de sécurité matérielle en peignant des numéros sur des lits d’hôpital pour gagner sa vie.

En 1554, partiellement aveugle, il entre à la Santa Casa de Loreto en tant que membre oblat avec la permission d’y résider et d’y travailler. Là, il commença l’un de ses chefs d’œuvre les plus sensibles, la Présentation au Temple, qui resta inachevé.

Cet anticonformiste solitaire avait un style trop personnel pour n’avoir jamais ni disciples ni postérité. Dès sa mort, Lotto tombe dans un grand oubli qui a duré trois siècles.

Analyse du tableau de la nativité de Lotto 

Lotto a peint cette nativité en 1523, pendant la période où Lotto vit à Bergame. Tout inspire la méditation.

Lotto conçoit une adoration de Joseph et Marie dans une densité étonnante de détails pleins de significations. Les trois personnages principaux sont placés en avant sous une lumière rappelant celle d’un projecteur. Au-dessus d’eux se trouve une arche sombre dont le montant gauche porte un crucifix. Cette arche encadre la scène telle un rideau de scène.

Derrière cette scène, le décor est composé d’une construction : une grange sur la droite qui crée une asymétrie. Contre le mur de la grange une échelle est placée entre deux portes.

La nuit est claire et lumineuse. Le lieu est ouvert à tous les vents. L’arche qui surplombe la scène, fait office de rideau de scène, l’éclairage est surnaturel.

Plus loin un paysage montagneux verdoyant est séparé du lieu de naissance de Jésus par une discrète haie. La montagne évoque bien sûr l’ascension vers le lieu où se trouve traditionnellement la demeure de Dieu, là où Dieu parle aux hommes.

A l’arrière, sur des près d’herbe fraîche des moutons (au-dessus de la tête de Joseph) suivent le berger dont on voit la silhouette qui monte la pente un bâton à la main.

Des anges ont guidé les bergers jusque-là, survolent la grange. Ils chantent un « gloria in excelsis deo » en lisant une partition tenue entre leurs mains. Les couleurs des ailes des anges évoquent les couleurs liturgiques.

La composition s’inscrit dans un triangle qu’il est facile à imaginer en prolongeant les corps de Jésus, Joseph et Marie. Il est traditionnellement signe de la Trinité au moment de la renaissance italienne. Les théologiens du XVe siècle voyaient en la Saint Famille une trinité terrestre à l’image de la Trinité du ciel.

Remarquons dans cette géométrie l’échelle placée derrière la tête de Marie.

L’échelle, comme marie permet de s’approcher de Dieu en ouvrant la voie entre la terre et le ciel. L’échelle est aussi la promesse de Dieu faite à Jacob (Gn 28,10-22)

L’étude précise du tableau fait croire que Lotto aurait peint onze barreaux : quatre vertus, sept dons du Saint -Esprit, ces onze échelons forment l’échelle de l’humilité.

Saint Bernard affirme que marie possède tous les degrés de l’humilité.

L’échelle est le reflet des exigences monastiques.

Les degrés de cette échelle doivent être compris comme les efforts à accomplir pour s’approcher de Dieu le premier degré est l’humanité de Jésus.

Une deuxième échelle horizontale () apparaît en observant l’aisselier de la toiture. Elle comporte sept barreaux, le chiffre sept doit, bien sûr être compris dans sa valeur symbolique de mesure du temps (7 jours de la création) Une échelle verticale croise une échelle horizontale peut signifier le passage terrestre du Christ.

Marie contemple son fils Jésus les mains croisées. Ses mains croisées sur son cœur évoquent la prière. Ses mains peuvent faire penser aux ailes d’une colombe. La tourterelle peut être comparée à la modestie de la vie de la Vierge. Elle est offrande des humbles au moment de la présentation de Jésus au Temple.

Le voile blanc qui couvre la tête de Marie est symbole de pureté. La Vierge Marie est représentée avec un manteau bleu. Ce choix n’est dû au hasard et remonte à l’Ancien Testament. Couleur de la fidélité du peuple d’Israël aux commandements de Dieu, le bleu était également la couleur du tissu qui recouvrait l’Arche d’Alliance. Plus tard encore, dans les premières décennies du XIIIème siècle, quelques grands personnages, à l’imitation de la reine du ciel, se mettent à porter des vêtements bleus, ce qui aurait été impensable deux ou trois générations plus tôt. Saint Louis est le premier roi de France qui le fasse régulièrement.

Joseph est en prière, il est représenté plus âgé que les dix-huit ans qu’il devait avoir au moment de son union avec marie. Cette vieillesse signifie que Joseph est un  pélerin rappelant les patriarches. Ses sandales sont signes de mission. Son bâton sur l’épaule montre que le temps passé à Bethleem ne sera pas long.

Joseph est vêtu de rouge et d’or. Le rouge est la couleur du sang versé au moment de la passion, elle est couleur de résurrection et de charité. L’or est associé au sacré, représentant la gloire et la puissance, ainsi que la richesse inaltérable du paradis.

Joseph et Marie sont auréolés, Jésus rayonne d’une lumière en forme de croix. Jésus a déjà un corps proportionné à celui d’un homme. Posé sur un linge blanc le Christ péfigure le sacrifice, la crèche devient autel. La nudité de Jésus, dépouillement total préfigure la Croix.  Jésus tend ses mains paumes tournées, vers Marie, ce geste est prémonitoire, c’est celui du ressuscité qui lui montre ses plaies.

De nombreux détails méritent une attention particulière :

Un sac rempli de victuailles est posé au pied de la crèche. C’est une injonction faite au fidèle de laisser là son fardeau (psaume 80,7) Ce sac peut aussi être celui qui va servir pour fuir en Egypte.

A gauche une timbale est renversée. Lotto renverse les anciens récipients et veut mettre du vin nouveau dans de nouvelles outres. (Luc 5,37-38) Mt (9,17) Mc(2,22) C’est donc une annonce du passage de l’ancienne Loi à la nouvelle Loi.

Le piège à souris peint en bas à droite est en bois, il est couvert d’un voile blanc, est-ce une annonce du bois de la croix ? C’est en tout cas un endroit discret pour signer.

Le crucifix est posé contre un montant de la voûte : L’anachronisme surprend. Lotto nous rappelle que l’enfant de la mangeoire, encore annoncé par les anges, ira jusqu’au bout de l’abaissement, jusqu’à la mort sur la croix. Le tableau nous emmène de la naissance vers la mort.

En conclusion

Le but de l’artiste est de stimuler le spectateur, il donne des émotions, de l’âme à cette oeuvre. Lorenzo Lotto use de tout ce qui lui est possible pour faire découvrir le début et la fin de la vie du Christ au spectateur sur un panneau de bois de 46 cm x 36 cm. Les draperies, l’éclairage sont particulièrement travaillés.

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