
Huile sur toile, dimensions 115 x 165 cm
L’épisode du buisson ardent dans l’Exode
Le buisson ardent, évoqué au Livre de l’Exode de l’Ancien Testament, représente l’un des symboles les plus puissants et énigmatiques de la manifestation de Dieu aux hommes. « Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » (Ex 3, 3 à 5)
Courte biographie de Domenico Fetti 1589-1624
Ce peintre fut, à Rome, l’élève de Ludovico Cigoli de 1604 à 1613. Employé à la cour de Mantoue à partir de 1613, il est sensible à au style de Rubens et des Vénitiens du 16e siècle, qui figuraient dans les collections de son protecteur. Il s’en inspire pour créer son propre style de peinture. À la suite d’un grave incident avec un noble Mantouan, il déménage pour Venise en 1621. Là, il travaille avec Bernardo Strozzi et Jan Lys et est influencé par Le Caravage, dès lors, sa façon de peintre le rapproche des vénitiens. Ses peintures deviennent plus colorées, plus imagées. Il se consacre à la réalisation d’œuvres de petit format qui feront sa renommée, aujourd’hui visibles dans les galeries de Dresde et de Venise et à Vienne. Il améliore son style, jusqu’à sa mort vers 1624.
Analyse du tableau de Moïse devant le buisson ardent
La première impression que donne ce tableau est celle d’un clair obscur à la façon du Caravage mettant en scène Moïse accompagné d’un bélier fixant le buisson enflammé : 2 flammes sont suffisamment importantes en taille pour qu’elles ne puissent pas échapper aux yeux du spectateur.
Ce berger aux cheveux et à la barbe sombres, peint de profil, est éclairé non pas par les flammes du buisson, mais par une vive lumière artificielle venue de la droite du tableau. Le bâton du berger est posé au sol entre Moïse et le bélier représenté au premier plan. Moïse, étonné par ce buisson qui ne se consume pas, est habillé à la mode du 17ème siècle, sa chemise blanche, aux manches bouffantes, est amplement ouverte et laisse paraître son épaule. La représentation des membres nus est l’aboutissement d’un travail d’étude anatomique approfondi de cette époque. Une aube nouvelle apparaît au fond du tableau, sans que l’on puisse distinguer les détails d’un quelconque paysage en dehors d’un buisson vert à gauche et d’un rameau du buisson ardent très sombre à droite. Cette œuvre illustre le moment de l’apparition de Dieu à Moïse sur une montagne sainte, seule la pente montante derrière Moïse laisse imaginer au lecteur de la Bible que la scène se situe sur la montagne de l’Horeb au-delà du désert. Moïse se doit dès lors d’adopter une attitude respectueuse en ôtant ses sandales. Ces prescriptions seront plus tard reprises dans les rites juifs et chrétiens, et ce jusqu’à nos jours puisque la chapelle du couvent Sainte-Catherine en Égypte fondée au 6e siècle par l’empereur Justinien fait encore aujourd’hui obligation à ses visiteurs de se déchausser avant d’entrer dans le lieu où le buisson ardent se serait manifesté à Moïse… L’entendement humain se trouve dépassé par cet évènement inhabituel, le feu possédant ordinairement sur terre cette conséquence logique de brûler ce qu’il gagne. Or, ici, le buisson ne s’embrase pas, ne se consume pas, il est un buisson ardent, en feu mais qui ne se calcine point. C’est par cette incohérence aux yeux humains que la gloire de Dieu se manifeste pleinement, ce que l’on nomme une théophanie, c’est-à-dire une apparition ou manifestation de Dieu éblouissante. Ainsi, le buisson ardent qu’aperçoit Moïse est-il éblouissant, ardent, mais non d’une manière embrasée et dévastatrice, démontrant ainsi que nos catégories sont souvent insuffisantes pour comprendre pleinement les voies de Dieu. Au premier plan figure un bélier, il justifie la présence de Moïse berger du troupeau du beau-père Jéthro. Dans l’antiquité égyptienne, les animaux incarnaient une force divine, une force créatrice (qualité reconnue en les mots, voir l’étymologie de poésie, du grec Poïen, créer, ou des énoncés performatifs, la magie incantatoire etc.) Entres oiseaux, reptiles, poissons, insectes, on retrouve les hiéroglyphes du bélier et du taureau. « Le bélier, en qui s’incarnent Amon (le dieu caché) et Khnoum (« celui qui façonne »), sert aussi à écrire le terme BA, « manifestation ». La tête du bélier, est symbole de la dignité qui inspire la crainte. » Le bélier est considéré dans l’Egypte ancienne comme un Dieu : Khnoum, (homme à tête de bélier), créateur de l’enveloppe corporelle des êtres vivants qu’il forme sur son tour de poterie. Selon la tradition, il dépose celui des nouveau-nés dans leur berceau. Khnoum forme ses créations sur son tour de potier avec le limon du Nil, pour leur donner une vie matérielle et façonner leurs vitalité, leur bien-être…

Concluons au sujet de l’œuvre de Domenico Fetti
Domenico Fetti a peint ce tableau à Mantoue dans un style original pour l’époque. Seuls les éléments essentiels et symboliques de ce passage de l’Exode font l’objet d’une représentation raffinée en lien direct avec le texte de l’Exode. Une lumière extérieure au tableau éclaire Moïse et le bélier, l’expression du visage de Moïse fait bien apparaître l’extraordinaire de la situation. La maitrise de la peinture à l’huile, de la composition, des couleurs, les expressions symboliques est celle d’un grand peintre.