Catégories
Œuvres commentées

Carnaval et Carême

Le panneau de bois peint par Pieter Brueghel l’Ancien en 1559, représente une lutte traditionnelle de l’époque, où deux chars et deux personnages étaient chargés d’incarner le combat entre le mardi gras ou Carnaval et le mercredi des Cendres jour d’entrée en Carême. Ces deux défilés rivaux devaient s’affronter. AU travers de cette oeuvre Brueghel l’Ancien envoie des messages à partir de la description détaillée des festivités d’un village flamand.

Combat du Gras et du Maigre

Combat de Carnaval et Carême panneau de bois peint à l’huile en 1559

Le panneau de bois peint par Pieter Brueghel l’Ancien en 1559, représente une lutte traditionnelle de l’époque, où deux chars et deux personnages étaient chargés d’incarner le combat entre le mardi gras ou Carnaval et le mercredi des Cendres jour d’entrée en Carême. Ces deux défilés rivaux devaient finalement s’affronter. Ce panneau de belle taille (118cm x 164,5cm), fait partie de la collection de l’empereur Rodolphe II, il est actuellement exposé au Kunsthistorisches Museum à Vienne

La peinture flamande

Au XVIe siècle quatre peintres : Piéter Brueghel, Jan van Eyck, Jérôme Bosch et Pierre Paul Rubens, de l’École flamande ont influence notable sur l’art et la peinture européenne. Brueghel l’ancien est le premier d’une dynastie de 4 générations de peintres flamands. Le peintre appréciait se mélanger aux milieux paysans, participant à des mariages et rassemblements populaires. Il reproduit donc fidèlement les scènes qu’il observe de leurs fêtes et de leurs jeux, avec enjouement et finesse. L’œuvre présentée nous aide à mieux connaître la vie des flamands du XVIe siècle.

Carnaval et Carême

À l’origine, il y a le carême, période de prière, jeune et aumône avant Pâques, La durée du Carême – quarante jours sans compter les dimanches – fait en particulier référence aux quarante années passées au désert par le peuple d’Israël entre sa sortie d’Égypte et son entrée en terre promise ; elle renvoie aussi aux quarante jours passés par le Christ au désert entre son baptême et le début de sa vie publique. Ce chiffre de quarante symbolise les temps longs de préparation à de nouveaux commencements. Le carême commence le mercredi des Cendres et s’achève le samedi Saint.

Le carnaval vient du latin médiéval carne levare : enlever la viande (des repas). La viande désignant le gras que l’on mange les jours gras (Autrefois, on les appelait aussi les jours charnels). Le carnaval a le même sens que le carême-entrant ou carême-prenant qui désignaient, à l’origine, le début du carême. Ces termes ont ensuite désigné la fête clôturant les derniers jours avant le carême. Ainsi la semaine des sept jours gras précède les 40 jours maigres de carême ! Le Mardi gras est le dernier des jours gras, celui qui est fêté avec le plus d’éclat ! Au jeûne et à l’abstinence s’oppose alors le carnaval.

Depuis l’origine du Carnaval, les conventions et les règles sociales sont modifiées, bousculées et oubliées et c’est pourquoi cette fête continue de séduire encore aujourd’hui. Le roi devient un humble habitant, le mendiant est sacré roi du Carnaval, chacun se promène masqué ou grimé, et se cache derrière son masque pour faire ce qui lui est interdit en temps normal. Pieter BRUEGHEL peint ce moment du basculement du Carnaval vers le Carême sur la place du marché au centre d’un village.

Une peinture riche en allégories et en symboles.

Le ton de couleur est, comme souvent chez Brueghel, en majorité ocre et rouge. La lumière semble illuminer davantage le centre de la place que ses extrémités, captant l’attention sur les activités du marché. L’important est disséminé sur tout l’espace. Brueghel n’utilise pas la perspective en vogue en Italie, d’où il est revenu quelques années auparavant. D’un point de vue architectural, la place du marché , vue en altitude, est encadrée par l’auberge à gauche (la maison avec un bateau en porte-drapeau), l’église à droite, reconnaissable par son architecture en arche et son symbole de la Trinité sur la façade ; à l’arrière plan, une maison en haut jaune et un groupe de maisons rouges.

Cette œuvre illustre le partage de la société villageoise flamande entre deux tentations distinctes : la vie tournée vers le plaisir dont le centre est l’auberge située à gauche du tableau ; et l’observance religieuse dont le centre est la chapelle à droite du tableau mais aussi entre deux religions s’opposant en 1559 : le protestantisme, qui fait fi du Carême, et catholicisme, qui le respecte. Il faut néanmoins noter que la « confrontation » du gras et du maigre, et, des courants religieux se fait dans le sens de la lecture chronologique du tableau : Carnaval, à gauche, avec sa procession semble laisser place à Carême, à droite à une procession religieuse.

Le peintre décrit une douzaine de scènes, comme autant de façons de vivre le Carême ou les jours qui le précèdent. L’ensemble est animé et un peu brouillon et nous montre, par une vue plongeante les habitants pêle-mêle, dispersés, de ce village pris sur le vif, il faut donc observer cette population scène par scène.

1) Le cortège de Carnaval descend vers la place en direction de l’auberge, serpente devant l’auberge pour rejoindre Monsieur Carnaval à califourchon sur son tonneau. Au fur et à mesure de la progression de la rue vers le premier plan le sérieux fait place aux défoulement, la musique retentit, des chansons sont entonnées, la bière coule, les jeux s’installent, le défoulement précède les excès… Tout devient possible!

2) Un musiciens soufflant dans un instrument à vent ressemblant à un biniou marche devant le cortège, on devine près du feu, au bout de la rue : un tambour et un flûtiste, plus près, un guitariste, et même de faux musiciens munis d’instruments culinaires…

procession, musiciens et danseurs au Carnaval

3) La danse, 5 personnes forment une ronde enjouée, imaginons notre difficulté à distinguer une musique cadençant les mouvements dans ce charivari général, cris bruits de crécelles et rires finissent pas couvrir les instruments de musique.

ivrogne au carnaval

4) Un ivrogne debout sur un tonneau se trouve au coin de la rue, un habitant lui jette un seau d’eau depuis l’étage.

Les comédiens

5) La comédie se joue sur la place, Deux frères Valentin et Orson illustrent le roman de chevalerier attaché au cycle carolingien. C’est l’histoire de deux frères jumeaux, abandonnés dans les bois en bas âge. Valentin est élevé comme un chevalier à la cour de Pépin le Bossu, alors qu’Orson grandit dans la tanière d’une ourse et devient un homme sauvage des bois. Les deux frères seront amenés à se combattre sans savoir qu’ils sont frères, …Orson tient un flambeau alors qu’il se trouve en pleine lumière, à gauche près de l’auberge se joue une autre scène.

6) En plusieurs lieux de la place des joueurs drôlement habillés se livrent aux jeux de hasard, (dès, cartes) ces jeux s’opposent à ceux qui se déroulent près de l’église.

7) Un vent de folie souffle sur le cortège, une femme porte sur la tête une table garnie de pâtisserie, portant un cruche dans la main droite et une chandelle dans la main gauche. Le guitariste porte une marmite sur la tête, un enfant est couronné, des cartes jonchent le sol, le désordre est installé à gauche du tableau.

8) Le marché: La personne qui fait des crêpes tourne le dos à la poissonnière elle-même tournée vers l’église, l’étal de poissons énormes, est prêt pour les jours maigres de Carême, ils ne peuvent pas passer inaperçus! De même le puits placé au centre de la place à une valeur symbolique, une femme y trouve de quoi étancher sa soif. Au fond un marchande prépare un panier, les pâtisseries sont mises en devanture, une femme montée sur une échelle lave les carreaux.

Cortège, danseurs, joueurs …
Puits, poissonnier

9) Les extrêmes se mêlent pacifiquement : Le noble, les pauvres et les mendiants, cohabitent sur cette places toutes les conditions : les forts et les faibles, les riches et les pauvres, les bien-portantes et les affamés Les mendiants, infirmes, sont dispersés par petits groupes : il est facile de distinguer des aveugles et plusieurs estropiés. Des malades et des mendiants, se tournent vers l’église et ses fidèles qui viennent à leur rencontre.

Les estropiés
L’aumône
Les toupies

10) Les divertissements communs aux deux côtés se trouvent au milieu de la place du marché : jeux de balles avec des ustensiles de cuisine et jeux de la toupie, se trouvent entre les cortèges sortant de l’église et cortège arrivant de la rue. Les joueurs de toupies qui maîtrisent ces jeux d’habileté sont nombreux près de l’église.

Les nonnes portent une croix de cendre sur le front

11) Le double cortège du Carême sort de l’église, une partie rejoint le centre de la place, l’autre partie passant par la grande porte devant un crucifix, est composé par des notables et des nonnes de noir vêtues, marquées d’une croix de cendres sur le front. Ces personnes rencontrent les mendiants, estropiés et malades, le Carême est  » Jeune, Prière et Aumône« 

12) Le combat de Carnaval et Carême : au premier plan, une compétition entre la figure du Carnaval et celle du Carême sur leurs chars respectifs (un tonneau, pour le Carnaval – et une chaise triangulaire montée sur un plateau à roulette, pour le Carême) avec leurs cortèges respectifs (des personnes à masques inquiétants, colliers d’œufs ou chapeaux pointus pour Carnaval et des enfants jouant avec une crécelle pour le Carême)

Nous nous trouvons dans le cadre d’action traditionnel d’une scène de mardi gras, qui consistait à l’époque en un cortège derrière la figure du Carnaval défilant dans toute la ville. Dans certaines traditions du côté catholique, la fête se terminait par le moment où l’effigie du Carnaval était brûlée. Ici, Carnaval est incarné par l’homme bedonnant sur sa barrique de bière (sur laquelle un large morceau de viande de porc est rivée par un couteau). Il porte comme couvre-chef une large tourte de viande et brandit une lance, sur laquelle est empalée une tête de cochon, un poulet, des saucisses et un petit gibier. Cette insistance autour du thème de la viande est bien entendu destinée à montrer que la viande du Carnaval contraste avec le Carême, où toute consommation de viande est interdite. (La tradition protestante prône l’austérité.) L’opposition est accentuée par l’allure de l’homme qui appartient visiblement à la corporation des bouchers, comme son long couteau autour de sa ceinture semble l’indiquer. Il était en effet de tradition que la figure du Carnaval soit issue de la guilde des bouchers. Derrière lui se tient un homme vêtu d’une tunique jaune (couleur traditionnellement associée à la tromperie) et d’un chapeau pointu. En face prête au combat une femme bien plus maigre, à l’air maladif, tend deux poissons au bout de sa pelle de boulanger. Cette figure de Carême est tractée et accompagnée de crécelles, mises au premier plan. A grand bruit, le Carême arrive.

Face aux excès du Carnaval

Pour contrebalancer les excès de Carnaval, se déroule à Rome le pèlerinage aux Sept églises. Entrepris de manière informelle au début des années 1540 par saint Philippe Néri et quelques disciples, il prit de l’ampleur lors de l’année jubilaire 1550 et devint une pratique stable et organisée à partir de 1559. À l’origine le pèlerinage durait deux jours (mercredi et jeudi gras) et était spécifiquement conçu comme alternative au carnaval profane.

Au travers de cette oeuvre une vision de Brueghel l’Ancien

Le mardi gras se termine avec tous ses excès, Carême arrive et va gagner le combat, on peut déjà observer un lieu de prière, l’aumône est donnée, et le jeune qui se prépare ; mais Brueghel l’Ancien veut faire prendre conscience au spectateur de l’opposition entre les mondes ( gras – maigre) (bien portant – malade ou estropié) (envies irrépressibles – règles de l’observance) (catholique – protestant) veut-il y voir les prémices des guerres de religions qui arrive ? Il s’agit surtout d’une représentation d’un monde bouleversé par les luttes religieuses et politiques.

Nous sommes entrés en Carême

Le message du Saint-Père pour le Carême 2021 publié le vendredi 12 février 2021

« Voici que nous montons à Jérusalem… (Mt 20,18) » . Le Carême, un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité.« 

Avatar de Philippe

Par Philippe

Amateur de belles œuvres d’art sacré

Laisser un commentaire

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer